En Tunisie, le premier ministre Hichem Mechichi redistribue les cartes sur la scène politique

Désigné par le président Kaïs Saïed pour succéder à Elyes Fakhfakh, Premier ministre démissionnaire, Hichem Mechichi s’en est remis à Ennahdha et Qalb Tounes, en froid avec le chef d’État, pour faire passer son gouvernement.

Par 134 voix pour, 67 contre et zéro abstention sur un total de 201 présents, le gouvernement Mechichi a été approuvé, mercredi, au Parlement. La confiance accordée par les représentants du peuple met ainsi fin à un imbroglio constitutionnel, toutefois, le bras de fer politique entre le président de la République et le mouvement Ennahdha se durcit.

À l’origine de ce conflit, la diplomatie parallèle menée par le président du Parlement et ses positions concernant les dossiers régionaux. Rached Ghannouchi voulait avoir la mainmise sur la diplomatie tunisienne, un domaine réservé au chef d’État. Face aux multiples provocations du leader du mouvement islamiste, Kaïs Saïed, attaché à ses prérogatives, a réitéré : “il n’y a qu’un seul État et qu’une seule diplomatie”.

En portant, ensuite, son choix sur Hichem Mechichi et un gouvernement indépendant des partis politiques, Kaïs Saïed a pris ses détracteurs à contre-courant. Toujours en guise de riposte aux agissements de Ghannouchi, le chef d’État aurait même mené lui-même la sélection des membres de l’équipe gouvernementale.

Une démarche largement critiquée par Ennahdha (54 sièges), son allié Qalb Tounes (27 sièges) et une grande partie de la classe politique. Alors que la guerre froide entre le président de la République et le président du Parlement bat son plein, une discorde inattendue entre Saïed et le chef du gouvernement désigné vient de redistribuer les cartes.

Totalement écarté du processus de la formation de l’équipe gouvernementale, Ennahdha surgit à l’occasion de pouvoir retourner la situation en sa faveur. Le mouvement décide d’accorder sa confiance au gouvernement Mechichi, prévoit un remaniement ministériel en perspective et fait coup double. La menace de dissoudre le Parlement et tenir des élections législatives anticipées a été écartée, mais pas que… Rached Ghannouchi remporte un round face au président de la République qui, pour convaincre les partis à ne pas voter pour son propre candidat, avait assuré ne pas dissoudre l’Assemblée.

Le gouvernement Mechichi, 14ème formation gouvernementale depuis la chute du régime Ben Ali en 2011, aura la lourde tâche de redresser un pays en perdition. Un taux d’endettement supérieur à 85% du PIB, un taux de croissance négatif à -21,6% et une classe politique préoccupée par les intérêts partisans au dépend de l’intérêt collectif.

Cette manche fut remportée par Rached Ghannouchi, le chef du mouvement Ennahdha, et ses alliés. Cependant, en l’absence de la Cour constitutionnelle, le président de la République dispose d’un arsenal juridique capable de plonger le pays dans des scénarios très épineux. Conformément à l’article 80 de la Constitution, “en cas de péril imminent menaçant les institutions de la nation et la sécurité et l’indépendance du pays et entravant le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, le Président de la République peut prendre les mesures nécessitées par cette situation exceptionnelle, après consultation du Chef du gouvernement et du Président de l’Assemblée des représentants du peuple et après en avoir informé le président de la cour constitutionnelle. Il annonce les mesures dans un communiqué au peuple”.

Kaïs Saïed pourrait également soumettre le changement du régime politique obsolète à un référendum. En effet, le régime parlementaire mixte avec un exécutif bicéphale, démocratique et multipartite, bloque l’application des réformes nécessaires pour sortir le pays de la crise politique, sociale et économique. Fort de sa popularité auprès de ses électeurs, Kaïs Saïed ne serait pas loin de toucher au but.

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