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Les limites de la victoire de Nidae Tounès

Avec 85 sièges dans le nouveau parlement, la formation hétéroclite dirigée par Béji Caïd Essebssi va être confrontée rapidement à ses propres contradictions, font remarquer plusieurs sources diplomatiques à Tunis. Les Tunisiens qui ont massivement voté pour ce « bric-à-brac » politique risquent vite de déchanter. Le premier problème de taille auquel va faire face Nidae Tounès est le choix d’une personnalité pour conduire le futur gouvernement. La rivalité entre les cadres du parti faisait déjà rage avant les élections législatives, aujourd’hui elle va atteindre son paroxysme. Quand le vent de la victoire va retomber, il ne restera qu’une course forcenée aux postes ministériels. « Nidae Tounès est loin d’être un parti homogène. La seule chose qui jusque-là maintenait les gauchistes, les libéraux, les bourguibistes et les anciens du RCD ensemble, c’est la haine qu’ils vouent à Ennahda », souligne un ancien politicien ayant fait partie de l’équipe transitoire de Béji Caïd Essebssi en 2011. Le deuxième problème est de pouvoir trouver des partis politiques avec lesquelles Nidae Tounès pourrait s’allier pour gouverner. La chose semble plus ardue qu’elle n’en a l’air. Les deux partis qui sont arrivés en troisième et quatrième position à savoir l’Union Patriotique Libre du richissime homme d’affaires Slim Riahi et le Front populaire dont le porte-parole est le marxiste est Hamma Hamami, ont déjà fait savoir qu’ils n’étaient pas intéressés par une éventuelle offre de Nidae Tounès.

Mais ce qui inquiète le plus, c’est la nature même de cette formation politique qui n’a présenté aucun programme claire. En plus, sa figure de proue, en l’occurrence Béji Caïd Essebssi, n’est pas connue pour être un démocrate accompli. Dans la gestion interne du parti, il a plutôt fait preuve d’autoritarisme. D’un autre côté, la victoire de Nidae Tounès consacre une ligne de fracture très nette Tunisie, entre un sud et un centre frondeur plutôt favorable à Ennahda et un Nord et un Sahel, conservateur et nostalgique de l’époque de Zine El Abbidine Ben Ali. Un gap qui risque de peser lourd sur la suite du processus électoral.

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