L’heure était grave. Au lendemain d’une finale de la CAN 2025 aussi intense que polémique, la passion sportive avait laissé place à la tension, à l’incompréhension et à une crispation palpable bien au-delà des gradins. Les dernières minutes du match Maroc-Sénégal, marquées par des décisions arbitrales controversées et des incidents regrettables, menaçaient d’entacher une compétition pourtant saluée comme historique. Le Royaume retenait son souffle. L’Afrique observait. Et le peuple marocain attendait.
C’est dans ce climat électrique que Mohammed VI a choisi de prendre la parole. Une prise de parole rare, mesurée, mais décisive. En qualifiant les événements de « fâcheux incidents » et d’« agissements très déplorables », le Souverain n’a rien éludé. Il a nommé les faits sans les amplifier, rappelant que l’émotion ne doit jamais prendre le pas sur la lucidité, ni la rancœur sur la sagesse.
Dès les premières lignes du communiqué, le Roi a tenu à saluer le comportement « exemplaire » des Marocaines et des Marocains, mobilisés par millions derrière leur équipe nationale. Un hommage appuyé à un peuple passionné mais responsable, capable de soutenir sans sombrer dans l’excès. Puis, avec l’autorité morale qui le caractérise, Mohammed VI a appelé à « passer l’éponge », convaincu que « le peuple marocain sait faire la part des choses et ne se laissera pas entraîner dans la discorde ».
Au-delà du match et de son issue cruelle, le message royal a replacé l’essentiel au cœur du débat : la CAN 2025 fut un succès retentissant, pour le Maroc comme pour l’Afrique. Une compétition qui a révélé le bond qualitatif du Royaume en matière d’infrastructures, d’organisation et de vision, fruit d’un modèle de développement de long terme plaçant le citoyen au centre des priorités. « Cette réussite marocaine est aussi une réussite africaine », a rappelé le Roi, refusant toute lecture étriquée ou nationaliste de l’événement.
Face aux tentatives de dénigrement, aux rumeurs et aux accusations infondées qui ont circulé après la finale, Mohammed VI a opposé une conviction calme : rien ne saurait altérer « la proximité cultivée au fil des siècles entre nos peuples africains ». Ni un penalty controversé, ni une fin de match chaotique ne peuvent effacer des liens historiques faits de solidarité, de coopération et de respect mutuel, notamment avec le Sénégal.
En quelques phrases fortes, le Souverain a désamorcé une crise naissante. Il a rappelé que la passion sportive est éphémère, mais que la fraternité interafricaine, elle, est durable. Que la défaite, aussi douloureuse soit-elle, ne doit jamais occulter l’essentiel : un mois de joie populaire, une Afrique mise à l’honneur et un football continental qui a rayonné à l’échelle mondiale.
Au final, si la CAN 2025 s’est achevée sur un goût amer pour les supporters marocains, elle restera aussi comme le moment où la sagesse royale a prévalu sur l’emportement. Dans la tourmente, Mohammed VI a une nouvelle fois joué son rôle de repère et d’arbitre moral, rappelant à son peuple, et à l’Afrique que l’unité, le respect et la paix valent toujours plus qu’un trophée, aussi convoité soit-il.