Lorsque l’actuel gouvernement sera renvoyé, les Marocains ne se souviendront sans doute pas de la ministre Naïma Ben Yahia, à l’image de nombreux anciens responsables vite tombés dans l’oubli.
En un peu plus d’une année à la tête du ministère de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, la ministre istiqlalienne (PI) a réussi une prouesse peu commune : échouer sur l’ensemble des projets qu’elle a initiés ou hérités de son ancienne camarade de parti, Awatif Hayar.
Commençons par l’événement phare de ce département : le Prix Tamayuz, censé rendre hommage aux Marocaines s’étant distinguées dans les domaines liés à la femme et à l’enfant. La dernière édition s’est soldée par un fiasco retentissant, ayant coûté près de 2,5 millions de dirhams.
Délaissant le Théâtre Mohammed V, cadre symbolique des précédentes cérémonies, au profit d’une salle privée à Rabat, Naïma Ben Yahia a marginalisé les militantes des droits des femmes et des enfants pour transformer cette manifestation en un raout partisan au profit du Parti de l’Istiqlal. Des premiers aux derniers rangs, la salle était bondée de militants du PI, parmi lesquels figuraient plusieurs ministres et parlementaires. L’événement ressemblait davantage à un meeting politique qu’à une activité à vocation sociale.
Mais ce ratage n’est pas un cas isolé. Dans les rares projets auxquels elle a pris part, la ministre s’est montrée en décalage total avec les enjeux, notamment en ce qui concerne les politiques publiques destinées à améliorer le quotidien des personnes en situation de handicap.
« Que fait-elle concrètement pour la question de l’accessibilité ? Où en est le chantier de la carte des personnes handicapées ? », s’interroge un cadre du ministère. Et pour cause. Ancienne chargée d’études au sein de ce même département, présentée comme experte auprès d’organismes internationaux, Mme Ben Yahia continue pourtant de travailler sur des données obsolètes, à l’image de l’étude nationale sur le handicap qui remonte à… 2014.
À moins d’un an de la fin de son mandat, elle se décide enfin à lancer une mise à jour. Une initiative jugée tardive, voire inutile, tant une étude de cette ampleur nécessite plusieurs mois, voire des années, pour constituer et analyser un échantillon d’au moins 40 000 personnes.
« Elle cherche surtout à gagner du temps et à partir sans rendre de comptes », confie un autre cadre du ministère.
Pour ne rien arranger, et dans une tentative maladroite de sauver ce qui peut encore l’être, la ministre s’est entourée des mauvaises personnes. Les postes clés de son cabinet et les fonctions de responsabilité ont été largement ouverts aux cadres de son parti et à ses proches. Le résultat, sans surprise, n’en est que plus calamiteux.