Selon des documents judiciaires américains consultés par Maghreb Intelligence, Mostafa Terrab, président-directeur général d’OCP Group, apparaît dans une série d’échanges et de correspondances impliquant Jeffrey Epstein entre 2011 et 2012.
Ces éléments proviennent des archives judiciaires connues sous le nom d’Epstein Flight Logs and Travel Archive (EFTA), versées au dossier dans le cadre de la procédure United States v. Ghislaine Maxwell. Ils documentent des prises de contact, l’intervention d’intermédiaires identifiés et l’organisation d’un déplacement à Marrakech, sans toutefois éclairer la teneur des discussions ni établir l’existence d’intérêts financiers ou commerciaux.
Une mise en relation documentée à l’automne 2011
Les premiers échanges remontent au 30 septembre 2011. Selon les documents consultés par Maghreb Intelligence, Jeffrey Epstein sollicite alors un intermédiaire identifié sous le prénom « Karim » afin d’obtenir des informations sur Mostafa Terrab.
Dans un message daté du 1er octobre 2011, ce contact dresse un portrait détaillé du dirigeant de l’OCP, présenté comme une figure centrale de l’appareil économique marocain. Le message, reproduit tel quel dans les pièces judiciaires, indique notamment :
“Terrab is a very nice and clever guy. He is CEO of OCP – largest company in North Africa (Fertilisers and Phosphoric Acid). Used to run as head of telecom regulatory body all privatisation and sale of mobile & telco licenses. He generated billions of USD for the Government and created landmark transactions. He acts as adviser of Senegal for telecom restructuring and sale of license. Possibly next Prime Minister in Morocco.”
Ces échanges font également apparaître le nom de Terje Roed-Larsen, diplomate norvégien alors actif dans les cercles onusiens, présenté comme ayant facilité la mise en relation entre Epstein et Terrab. Les documents ne précisent toutefois ni la nature de cette médiation ni les motivations ayant conduit à cette prise de contact.
Un déplacement envisagé pour rencontrer Terrab
À partir de décembre 2011, la correspondance se concentre sur la préparation d’un déplacement visant explicitement une rencontre avec Mostafa Terrab. Epstein évoque à plusieurs reprises un voyage prévu en compagnie de Terje Roed-Larsen, avec pour objectif affiché de s’entretenir avec le PDG de l’OCP.
Le 13 janvier 2012, dans un message adressé à Sultan Bin Sulayem, président de DP World, Epstein indique se rendre à Marrakech pour un petit-déjeuner avec Terrab. Il y fait également référence à des projets d’expansion portuaire liés à l’OCP, sans que les documents n’apportent de précisions supplémentaires sur la nature ou l’état d’avancement de ces projets.
Une logistique organisée par l’OCP
Selon les documents judiciaires consultés par Maghreb Intelligence, l’organisation logistique du déplacement envisagé à Marrakech en janvier 2012 a été prise en charge directement par les équipes d’OCP Group, dans un cadre institutionnel structuré.
Un email interne fait apparaître le rôle central de Kerry M., collaborateur de l’OCP, chargé de coordonner l’ensemble des aspects pratiques du séjour. Ce message détaille notamment les modalités d’hébergement, avec la réservation d’une suite et d’une chambre supplémentaire pour plusieurs nuits au Royal Mansour Marrakech, établissement hôtelier de prestige.
Les documents indiquent également la mise à disposition d’un véhicule avec chauffeur, de type Mercedes, chargé d’assurer les transferts depuis l’aéroport ainsi que les déplacements durant le séjour. L’accueil sur place et l’exécution opérationnelle de la logistique ont été confiés à une responsable basée à Marrakech, dont les coordonnées sont communiquées dans les échanges.
Par ailleurs, Larbi A, alors chef du protocole de l’OCP, apparaît en copie des correspondances relatives à l’accueil et à la coordination institutionnelle du déplacement, attestant d’une implication formelle du groupe dans l’organisation du séjour.
Les échanges font état de plusieurs ajustements de dernière minute concernant l’horaire d’arrivée du vol privé, traduisant une gestion opérationnelle en temps réel par les équipes de l’OCP. En revanche, les documents consultés ne permettent pas d’établir avec certitude si les rencontres prévues ont effectivement eu lieu, ni d’en documenter le contenu.
Des échanges inscrits dans des cercles internationaux
Les archives mentionnent également Morits Skaugen, homme d’affaires norvégien, qui remercie Epstein pour des échanges intervenus lors du séjour à Marrakech, en faisant explicitement référence à l’OCP. Là encore, selon les documents consultés par Maghreb Intelligence, le contenu précis de ces discussions n’apparaît pas dans les pièces judiciaires.
Par ailleurs, les listes de contacts extraites des appareils d’Epstein confirment la présence répétée des coordonnées de Mostafa Terrab, attestant de l’existence d’un lien direct au moins sur le plan des communications.
Aucune allégation visant Mostafa Terrab
Il convient de souligner que les documents judiciaires consultés ne contiennent aucune allégation, accusation ou mise en cause de Mostafa Terrab. Les éléments versés au dossier se limitent à des correspondances préparatoires, à l’identification d’intermédiaires et à des aspects logistiques liés à un déplacement envisagé.
Aucun document ne fait état d’activités illégales, de transactions financières, de contreparties commerciales ou d’agissements répréhensibles impliquant le président-directeur général de l’OCP Group. En l’état, les pièces rendues publiques ne permettent donc d’établir ni la nature des discussions tenues, ni l’existence de faits susceptibles de qualification pénale ou disciplinaire.
Une lecture strictement factuelle des documents
L’analyse des archives judiciaires disponibles invite à une lecture prudente et strictement factuelle. Les documents établissent l’existence de contacts et d’une organisation logistique autour d’une rencontre envisagée, sans fournir d’éléments sur le contenu des échanges ni sur leurs éventuelles conséquences.
Toute interprétation allant au-delà de ces faits documentés ne saurait être étayée par les pièces judiciaires actuellement accessibles.