Le doute n’est plus permis. Deux chasseurs furtifs russes Su-57 ont été filmés dimanche dans le ciel de la base aérienne d’Oum El Bouaghi, qui abrite déjà le 121e Escadron de défense aérienne avec les chasseurs Sukhoï Su-30MKA, ainsi qu’un détachement d’hélicoptères Mil Mi-171. Les images amateurs, largement relayées par les cercles spécialisés, confirment ce que beaucoup pressentaient depuis novembre : l’Algérie est devenue le premier pays d’Afrique et du monde arabe à opérer le fleuron de l’aviation de combat russe.
Car derrière ces deux appareils se joue bien plus qu’une livraison d’armement. C’est un basculement d’équilibre régional.
Développé dans les années 2010 par la Russie, le Su-57 « Felon » appartient à la très sélective catégorie des chasseurs dits de cinquième génération, aux côtés du F-35 américain. Furtivité avancée, supermanœuvrabilité, supercroisière, avionique intégrée, capacité de frappe air-air, air-sol et air-mer : l’appareil concentre les standards les plus modernes du combat aérien contemporain.
Selon les informations divulguées fin 2025, Alger aurait signé en 2021 un contrat portant sur 14 Su-57E, pour un montant estimé à plusieurs milliards de dollars, chaque unité avoisinant les 140 millions. Six appareils ont été livrés en 2025, six attendus en 2026, et les deux derniers en 2027.
Si le calendrier est respecté, malgré les tensions industrielles russes liées au conflit ukrainien, l’Algérie deviendra le premier client export du Su-57. Une vitrine stratégique pour Moscou, et un bond capacitaire inédit pour Alger.
La réception parallèle de Su-35 aux couleurs algériennes confirme cette dynamique de modernisation accélérée. Et les documents révélés à l’automne évoquent même d’autres commandes, notamment des bombardiers tactiques Su-34.
Dans ce contexte, la comparaison régionale s’impose. Le Maroc dispose d’une flotte modernisée de F-16 Viper et doit intégrer des Mirage 2000 ex-émiratis. Des appareils performants, polyvalents, éprouvés, mais de génération 4++.
Or, face à un chasseur furtif de cinquième génération, l’écart capacitaire est réel, notamment en matière de détection radar, de pénétration défensive et de guerre électronique.
À ce stade, sauf acquisition de F-35 américains, Rabat ne dispose pas d’un appareil équivalent en matière de furtivité et de fusion de données.
L’Algérie prend donc une longueur d’avance technologique dans le ciel nord-africain.
Cette montée en puissance n’échappe pas aux États-Unis. Début février, Robert Palladino, du Département d’État, a évoqué devant le Sénat la possibilité de sanctions au titre de la loi CAATSA, adoptée en 2017 pour pénaliser les transactions majeures avec le complexe militaro-industriel russe.
La Turquie en a fait les frais après l’achat des S-400. L’Égypte, elle, a renoncé à des acquisitions russes par crainte de représailles. L’Algérie assume visiblement le risque.
Reste une question centrale : la possession d’un avion de cinquième génération suffit-elle à garantir une supériorité durable ?
Des analystes spécialisés soulignent qu’un tel appareil exige une chaîne logistique robuste, un soutien technique constant et des mises à jour régulières. Sans cela, le « joyau technologique » peut devenir un atout d’image plus qu’un avantage opérationnel décisif.
Mais sur le plan strictement stratégique et symbolique, le message est clair : Alger entend consolider son statut de première puissance aérienne militaire en Afrique du Nord.