Rabat frappe encore. Après avoir bâti en quelques années un écosystème de drones parmi les plus complets de la région, surveillance, frappe, kamikazes, les Forces armées royales passent à l’étape suivante. Se protéger de la menace qu’elles maîtrisent désormais mieux que quiconque. Le partenariat noué avec la pépite française Harmattan AI s’inscrit aujourd’hui dans cet objectif.
Pendant que certaines armées de la région se contentent encore d’importer des plateformes clé en main, le Maroc a choisi une autre voie, celle de la maîtrise complète de la chaîne de valeur, de la conception à la production, en passant par la doctrine d’emploi. Après avoir constitué un arsenal de drones tactiques et de munitions rôdeuses qui a fait du Royaume une puissance de référence dans la région, les FAR ouvrent un nouveau front, celui de la lutte anti-drones, domaine devenu critique dans tous les théâtres d’opérations modernes, de l’Ukraine au Sahel.
L’accord signé avec Harmattan AI, entreprise française fondée en avril 2024 et déjà valorisée 1,4 milliard de dollars après une levée de fonds de 200 millions de dollars menée par Dassault Aviation, marque l’ambition marocaine sans détour. Déployer à grande échelle des capacités de défense aérienne autonomes dès 2026, tout en posant les fondations d’une base industrielle de défense souveraine.
Le partenariat ne se limite pas à une livraison de matériel. Il s’articule autour de trois axes structurants. Développer une production locale avec la mise en place de capacités industrielles au Maroc pour fabriquer des systèmes de défense autonomes. Ensuite, installer une plateforme de recherche et d’innovation par la création d’un centre de R&D dédié à l’intelligence artificielle appliquée aux systèmes militaires, sur le sol marocain. Enfin, procéder à un transfert de compétences en initiant des partenariats avec les universités et les centres de recherche marocains pour ancrer durablement le savoir-faire dans l’écosystème national.
Une feuille de route qui s’inscrit dans la doctrine désormais bien connue de Rabat de ne pas se contenter d’acheter de la technologie, mais en devenir co-producteur et, à terme, exportateur.
Concrètement, de quoi parle-t-on ? Harmattan AI a développé deux intercepteurs aériens conçus pour neutraliser les drones hostiles, opérant selon une architecture unifiée et pouvant être déployés seuls ou intégrés à un système de défense multicouche. Exactement le type de réponse que les conflits récents ont rendu indispensable.
Gobi, le premier système, est taillé pour la réaction rapide face aux drones de classe I et II. Il neutralise sa cible en environ une minute après le décollage. Vitesse de croisière de 250 km/h, pointe à 350 km/h, pour seulement 2,2 kg, et une disponibilité opérationnelle immédiate, de jour comme de nuit. Radar au sol, tourelle électro-optique, plateforme de commandement et de contrôle. L’humain reste dans la boucle décisionnelle, garantie contre les dommages collatéraux.
Gobi Tempest, lui, monte en gamme. Conçu pour contrer les menaces de classe II et III dans des environnements complexes, il embarque une ogive de 800 grammes, affiche une portée de 12 km, une vitesse de croisière de 215 km/h et une pointe à 310 km/h, pour 4,4 kg. Son atout. Un temps de préparation au décollage de seulement 5 secondes, une capacité d’opération par tous les temps, et un haut niveau d’autonomie réversible. La machine peut agir seule, mais l’opérateur humain garde la main en cas de besoin.
Le choix de Harmattan AI n’est pas anodin. En un temps record, l’entreprise a multiplié les contrats stratégiques avec des puissances militaires de premier plan. 1 000 drones de surveillance pour l’Armée de terre française et la DGA en juillet 2025, 3 000 systèmes autonomes pour le ministère britannique de la Défense en septembre, une alliance avec l’ukrainienne Skyeton pour le drone Raybird en octobre. Dès la fin 2025, l’usine pilote parisienne assemblait déjà 1 300 unités par mois.
Une cadence de production qui en dit long sur la philosophie de l’entreprise. Tirer les leçons des conflits en cours, notamment russo-ukrainien, pour produire à grande échelle et déployer vite. C’est précisément cette capacité d’exécution que le Maroc vient s’arrimer.
Aujourd’hui, peu d’armées dans la région peuvent revendiquer simultanément la maîtrise de l’attaque et de la riposte dans le domaine des systèmes sans pilote.
Avec ce partenariat, Rabat ne se positionne plus seulement comme client de la technologie de défense. Il s’installe comme acteur industriel, et bientôt comme pôle régional d’expertise en intelligence artificielle militaire. Une ambition qui, si elle se concrétise au rythme annoncé d’ici 2026, devrait consolider durablement l’avance prise par les Forces armées royales sur l’ensemble du théâtre régional.