Un ballon disparu, des versions qui s’entrechoquent et un silence pesant au sommet. Ce qui aurait dû rester un simple fait de jeu lors d’un match de la CAN 2025 au Maroc s’est transformé en une affaire politico-médiatique révélatrice d’un profond malaise côté algérien.
Tout commence lors de la rencontre Algérie – Guinée équatoriale, disputée le 31 décembre. À la mi-temps, des joueurs algériens s’échauffent avec un ballon officiel estampillé CAF. À la fin du match, un constat : un ballon manque à l’appel. L’incident est signalé à un représentant de la CAF. Jusque-là, rien d’extraordinaire. Mais très vite, l’affaire prend une tournure explosive.
Sur les réseaux sociaux, puis dans certains médias marocains, une vidéo et des photos circulent massivement : on y voit un homme accrédité, ballon à la main, présenté comme un membre du staff technique algérien quittant l’air du jeu. Les images font le tour de X et cumulent plus d’un million de vues. Le soupçon est lancé : un ballon de la CAN aurait été subtilisé par la délégation algérienne.
Face à cette vague, la Fédération algérienne de football (FAF) choisit le mutisme. Aucun communiqué, aucune explication officielle. Un silence assourdissant qui laisse le champ libre à une presse algérienne livrée à elle-même… et surtout à des récits contradictoires.
Le site Tout Sur l’Algérie (TSA) monte aussitôt au créneau, dénonçant une « grotesque fake news » et une « manipulation du Makhzen », accusé d’inventer des histoires pour nourrir une stratégie de tension permanente avec Alger. Selon TSA, l’homme filmé ne ferait pas partie de la délégation algérienne : survêtement différent, visage inconnu du staff, accréditation pouvant être délivrée par le comité local d’organisation. Conclusion martelée : « Circulez, il n’y a rien à voir ».
Cette version est reprise par La Gazette du Fennec, qui ajoute un argument de bon sens : chaque sélection dispose de ses propres ballons officiels fournis par la CAF. Pourquoi risquer un “vol” en plein stade, sous l’œil des caméras ? L’affaire serait donc une pure invention.
Mais voilà que El Khabar, quotidien arabophone de référence, livre une tout autre version. Selon lui, le chargé du matériel de l’équipe algérienne aurait bel et bien emporté un ballon dans les vestiaires, sans intention de le subtiliser. Interrogé par une responsable de la CAF, il aurait d’abord nié de bonne foi, avant de se rendre compte que le ballon se trouvait effectivement dans les vestiaires… et de le restituer.
Fake news totale ou simple maladresse reconnue puis réparée ? Les deux récits sont incompatibles. L’un nie tout en bloc, l’autre admet implicitement un incident mineur. Entre les deux, la FAF se tait, laissant apparaître un storytelling confus, mal coordonné et peu crédible.
Au final, plus que le sort d’un ballon, c’est l’image de la délégation algérienne qui vacille, prisonnière de versions divergentes et d’une communication défaillante. Dans une CAN 2025 déjà chargée de symboles et de rivalités régionales, le ballon de la discorde illustre surtout un embarras profond : quand le silence officiel et les récits contradictoires en disent bien plus que l’incident lui-même.