L’IPC, l’Indice de perception de la corruption, qui évalue 182 pays sur une échelle de 0 à 100 vient de livrer son dernier verdict. La moyenne mondiale s’établit à 42. L’indice ne mesure pas la corruption pénale avérée, mais la fiabilité perçue des institutions : indépendance judiciaire, transparence des marchés publics, robustesse des mécanismes de contrôle et capacité de sanction.
Avec un score de 39/100, le Maroc se classe 91e mondial. Il devance nettement l’Algérie (34/100, 109e) et se situe à égalité avec la Tunisie (39/100). Dans l’espace maghrébin, Rabat occupe donc la position la plus avancée, confirmant une stabilité institutionnelle relative comparée à ses voisins.
Mais ce leadership régional reste modeste à l’échelle internationale. Depuis une décennie, le Maroc oscille entre 36 et 40 points. Il n’y a ni effondrement ni progression structurelle. Pour un pays qui ambitionne d’être un pôle industriel africain, un partenaire stratégique de l’Europe et un acteur diplomatique central, cette stagnation constitue un plafond de verre.
Le Royaume n’appartient pas à la catégorie des États en crise, loin des 10 points du Venezuela, des 9 points de la Somalie ou du Soudan du Sud, ni des 13 points du Yémen et de la Libye, mais il reste installé dans une « zone grise » : politiquement stable, économiquement dynamique, mais institutionnellement perçu comme moyen.
La comparaison avec certains pays du Moyen-Orient est éclairante. Les Émirats arabes unis atteignent 69/100 et occupent la 21e place mondiale. Le Qatar obtient 58 points (41e), l’Arabie saoudite 57 (45e), Bahreïn 50 (56e) et le Koweït 46. À l’opposé, l’Irak chute à 28 points (136e).
L’écart entre les Émirats et l’Arabie saoudite illustre une réalité fondamentale : l’IPC valorise la prévisibilité administrative, la numérisation des services publics et la clarté réglementaire. Les Émirats ont massivement investi dans la gouvernance digitale et la rationalisation des procédures. L’Arabie saoudite, engagée dans sa transformation économique sous le programme Vision 2030, progresse mais reste perçue comme plus centralisée et moins transparente dans certains processus décisionnels. Dans le système international actuel, la perception institutionnelle influence directement l’attractivité économique et le poids diplomatique.
Pour le Maroc, l’enjeu dépasse l’investissement. Un passage durable au-dessus du seuil de 45-50 points, au-delà de la moyenne mondiale, renforcerait son positionnement européen, consoliderait ses arguments diplomatiques sur des dossiers sensibles comme le Sahara et accroîtrait sa compétitivité face aux hubs du Golfe.
À l’inverse, une stagnation prolongée sous les 40 points ne signifierait pas une crise, mais une érosion relative. Dans un environnement régional où certains concurrents conjuguent capital financier massif et meilleure perception de gouvernance, la crédibilité devient un différenciateur stratégique.