Une semaine après la finale houleuse de la CAN 2025, remportée par le Sénégal face au Maroc, les projecteurs quittent les gradins pour revenir à l’essentiel : la diplomatie, l’histoire partagée et la profondeur des liens entre deux nations africaines unies bien au-delà d’un ballon rond.
L’arrivée à Rabat, à partir de ce lundi 26 janvier, du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko s’inscrit précisément dans cette logique d’apaisement et de responsabilité. Une visite officielle à haute valeur symbolique, organisée dans le cadre de la Grande Commission mixte maroco-sénégalaise, alors même que les réseaux sociaux bruissent encore des tensions nées des incidents de la finale.
Les images de la finale, décisions arbitrales contestées, envahissement de la pelouse, débordements de supporters ont laissé des traces. Dix-huit supporters sénégalais sont aujourd’hui poursuivis au Maroc pour des actes de hooliganisme, leur procès ayant été reporté au 29 janvier. Mais Rabat comme Dakar refusent de laisser ces événements, aussi regrettables soient-ils, dicter l’agenda politique.
Le roi Mohammed VI a donné le ton : dénonçant des « fâcheux incidents » et des « agissements très déplorables », le souverain a rappelé une évidence trop souvent oubliée dans la fièvre des compétitions : « une fois la passion retombée, la fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus ».
Signe fort de cette volonté de dépassement, le Roi offrira un déjeuner en l’honneur du Premier ministre sénégalais, présidé par le Chef du gouvernement marocain, en marge des travaux de la Haute Commission mixte. Un geste politique lourd de sens, qui traduit la détermination des deux États à refermer la parenthèse émotionnelle ouverte par la CAN et à renouer pleinement le fil d’un partenariat stratégique. Car les relations entre le Maroc et le Sénégal ne se mesurent pas en prolongations, mais en décennies de coopération.
Tourisme, énergie, infrastructures, formation, transports : Dakar et Rabat avancent ensemble sur des dossiers structurants. À cela s’ajoutent des liens religieux profonds, tissés autour des confréries soufies, et une réalité humaine indiscutable : le Sénégal est aujourd’hui la première nationalité étrangère résidant au Maroc, représentant 18,4 % des étrangers installés dans le Royaume. Un fait qui dit tout de l’intensité des échanges, de la confiance mutuelle et de l’intégration réussie.
En appelant à « dépassionner » un épisode qui « ne peut en aucun cas aller au-delà du cadre sportif », Ousmane Sonko s’inscrit lui aussi dans une posture de responsabilité. Celle qui rappelle que les grandes nations savent faire la différence entre l’émotion populaire et la raison d’État. La tenue, en parallèle, d’un forum économique maroco-sénégalais vient confirmer que l’avenir se construit autour de projets, pas de polémiques.
La finale de la CAN 2025 restera dans les mémoires sportives. Mais l’épisode diplomatique qui s’ouvre à Rabat pourrait, lui, servir de leçon politique : en Afrique, les relations solides ne se brisent pas sur un coup de sifflet.