Après de longs mois de crispation, Madrid et Alger amorcent un rapprochement aussi attendu que symbolique. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a désormais publiquement reconnu l’Algérie comme un « partenaire stratégique et fiable », marquant un net changement de ton après la grave crise diplomatique provoquée par le revirement unilatéral de l’Espagne sur le dossier du Sahara occidental et son alignement sur la position marocaine.
Ce virage s’est matérialisé samedi à Madrid, lors d’une rencontre entre José Manuel Albares et son homologue algérien Ahmed Attaf, en marge de la réunion multilatérale sur le Sahara occidental réunissant le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie sous l’égide des États-Unis. Une image forte, qui acte le début visible d’un dégel diplomatique après près de quatre années de tensions et d’éloignement.
La brouille remonte à 2022, lorsque le gouvernement espagnol avait opéré un changement de cap « copernicien » sur le Sahara, provoquant une rupture brutale avec Alger. L’Algérie avait alors suspendu une visite officielle de M. Albares, jugeant les exigences espagnoles « inacceptables », et les relations politiques comme commerciales avaient plongé dans une zone de turbulences inédites.
Deux ans plus tard, le ton est radicalement différent. Sur les réseaux sociaux, le chef de la diplomatie espagnole a salué une relation redevenue solide : « Nous sommes amis, partenaires et voisins. L’Algérie est notre principal fournisseur de gaz, un partenaire stratégique, fiable et constant », a-t-il écrit, mettant en avant la dimension énergétique centrale de ce rapprochement. Il a également souligné la reprise spectaculaire des échanges commerciaux, annonçant une hausse des exportations espagnoles de 141 % en 2024 et de 190 % en 2025. « L’Espagne et l’Algérie continuent d’avancer ensemble », a-t-il insisté.
Sur le plan économique, le réchauffement est déjà tangible. Après un quasi-blocus commercial consécutif à la crise sahraouie, les échanges bilatéraux ont rapidement redémarré une fois les restrictions levées. L’Algérie a maintenu ses livraisons de gaz, tandis que l’Espagne a retrouvé, en un temps record, des niveaux d’exportation proches de ceux d’avant la rupture, portés par plusieurs secteurs productifs clés.
Ce dégel s’inscrit dans une dynamique plus large. En décembre dernier, Madrid et Alger ont multiplié les signaux de réconciliation politique et de coopération renforcée, notamment sur les dossiers de l’immigration et du commerce. La réunion de Madrid apparaît ainsi comme une étape supplémentaire dans la normalisation progressive des relations.