Alors que les divergences entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis refont surface autour du dossier yéménite, une diplomatie feutrée mais active semble s’esquisser depuis Rabat. Selon des sources diplomatiques concordantes, le Maroc envisagerait une médiation discrète entre ses deux alliés du Golfe, misant sur des relations personnelles et politiques d’exception tissées au plus haut niveau.
Le roi Mohammed VI entretient en effet des liens étroits avec les familles régnantes saoudienne et émiratie. Ami personnel des dirigeants d’Abou Dhabi, où il séjourne régulièrement, et interlocuteur respecté à Riyad, le souverain marocain dispose d’un capital de confiance rare dans une région marquée par les rivalités d’influence et les malentendus stratégiques.
Dans ce contexte, le Palais royal serait en train de « tâter le pouls » des deux capitales, dans l’objectif de rapprocher les positions et d’éviter une escalade politique susceptible d’affaiblir davantage le front arabe sur le dossier yéménite. L’ambition affichée : ramener les deux pays frères du Maroc vers une posture de retenue, de dialogue et de compromis raisonnable.
Cette orientation se reflète clairement dans le communiqué publié par le ministère marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger. Un texte soigneusement équilibré, qui évite toute prise de position partiale, tout en réaffirmant des principes constants de la diplomatie marocaine. Rabat y affirme suivre « de près et avec grand intérêt » les développements au Yémen, tout en réitérant son « soutien inébranlable à l’unité nationale » et à la souveraineté de ce pays frère.
Fidèle à sa doctrine, le Maroc rejette « tout ce qui est de nature à porter atteinte à la souveraineté et à l’intégrité du territoire du Yémen » et soutient « toutes les initiatives visant à apaiser la situation », au service de la sécurité et de la stabilité de l’ensemble de la région arabe. Le Royaume exhorte enfin l’ensemble des parties à privilégier le dialogue et à œuvrer, sous l’égide de la légalité internationale, à une solution politique globale et durable.
Au-delà du communiqué, c’est le positionnement même du Maroc qui retient l’attention : ni donneur de leçons, ni spectateur passif, mais acteur de confiance capable de parler à tous. Dans un Golfe fracturé par des intérêts divergents, Rabat apparaît ainsi comme un trait d’union crédible, misant sur la diplomatie du lien personnel, de la retenue et du temps long.
Si la médiation marocaine venait à se concrétiser, elle confirmerait une fois de plus le rôle singulier du Royaume comme puissance d’équilibre dans le monde arabe, capable de transformer ses relations privilégiées en levier de désescalade régionale.