Les alertes venues du Royaume-Uni sur d’éventuelles pénuries de fruits et légumes rappellent une réalité souvent sous-estimée : l’Europe dépend largement du Maroc pour son approvisionnement en produits frais.
À la suite de tempêtes ayant frappé l’Espagne et le Maroc, le groupe de réflexion britannique Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU) met en garde contre les risques que des conditions météorologiques extrêmes pourraient faire peser sur les chaînes d’approvisionnement alimentaires.
Tom Lancaster, représentant de l’ECIU, estime qu’il est encore trop tôt pour mesurer l’impact exact des récentes inondations sur les rayons britanniques. Mais le précédent de 2023 reste dans les mémoires : cette année-là, l’enseigne Tesco avait dû rationner la vente de certains fruits et légumes en raison de perturbations d’approvisionnement liées aux intempéries.
Les chiffres avancés par l’ECIU sont révélateurs. L’Espagne et le Maroc représentent à eux deux 57,9 % des importations de tomates au Royaume-Uni. Si l’Espagne domine encore les importations de concombres (65,2 %) et de poivrons (71,4 %), le rôle du Maroc est loin d’être marginal.
Plus significatif encore : 36 % des fraises et framboises importées au Royaume-Uni proviennent du Maroc. Autrement dit, plus d’un tiers des petits fruits consommés par les ménages britanniques dépendent directement de la production marocaine.
Ces chiffres illustrent une place prépondérante du Royaume dans la sécurité alimentaire européenne, notamment en période hivernale, lorsque la production locale décline.
Au-delà du seul marché britannique, le Maroc s’est imposé ces dernières années comme un acteur clé de l’agriculture d’exportation vers l’Union européenne. Grâce à des investissements massifs dans l’irrigation, les serres, la logistique frigorifique et la modernisation des filières, le pays fournit une large gamme de produits frais compétitifs en qualité et en calendrier.
Sa proximité géographique avec l’Europe constitue un avantage stratégique : délais courts, coûts logistiques maîtrisés, fraîcheur préservée. Cette position fait du Maroc un maillon essentiel des chaînes d’approvisionnement agroalimentaires européennes.
Mais cette dépendance croissante expose aussi les marchés européens aux aléas climatiques frappant la rive sud de la Méditerranée. Sécheresses prolongées, inondations ou tempêtes peuvent rapidement déséquilibrer l’offre et provoquer des tensions sur les prix.
Les avertissements britanniques ne visent donc pas uniquement un épisode météorologique ponctuel. Ils révèlent une réalité structurelle : la sécurité alimentaire européenne est désormais intimement liée à la résilience agricole du Maroc.
Si l’Espagne demeure un fournisseur majeur, le Maroc apparaît comme le partenaire complémentaire indispensable. Ensemble, les deux pays constituent l’ossature de l’approvisionnement en fruits et légumes hors saison pour l’Europe du Nord.