Alors que le Maroc est en pleine effervescence autour de la question des prix des médicaments, de l’avenir des pharmacies et, surtout, de l’accès équitable aux soins, le ministre de la Santé affilié RNI, Amine Tahraoui, prend une décision pour le moins déroutante. À rebours des discours officiels prônant la baisse des prix et la promotion des génériques, il acte… une hausse spectaculaire.
Dans une décision récemment publiée au Bulletin officiel, le ministre entérine en effet une augmentation de plus de 100 % du prix d’un médicament fabriqué par le laboratoire BOTTU : l’Exacyl 0,5 g/5 ml, solution injectable conditionnée en boîte de cinq ampoules.
Concrètement, le prix public passe de 44 à 98,10 dirhams. Dans les hôpitaux, il grimpe de 27,70 à 61,30 dirhams. Une inflation brutale, difficilement justifiable dans un contexte où les patients peinent déjà à suivre financièrement.
Médicament princeps largement utilisé, l’Exacyl est indispensable en pratique médicale, notamment en chirurgie. Il est prescrit pour prévenir et traiter les hémorragies liées à une fibrinolyse, qu’elle soit générale ou locale, chez l’adulte comme chez l’enfant à partir d’un an. Il est également utilisé dans les hémorragies urinaires, notamment après des interventions prostatiques ou des actes chirurgicaux touchant les voies urinaires. Autrement dit, un produit loin d’être accessoire.
C’est précisément ce caractère essentiel qui rend la décision ministérielle d’autant plus contestable. Car en renchérissant brutalement un médicament critique, c’est l’accès aux soins qui est directement fragilisé, et cela en contradiction flagrante avec les engagements affichés par les autorités.
Dans sa décision, le juvénile ministre RNI Amine Tahraoui justifie cette hausse par une demande du laboratoire BOTTU, appuyée par une proposition de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé AMMPS, dirigée par Samir Ahid.
Une justification qui peine à convaincre. Car au-delà de la procédure, c’est bien la logique qui interroge : comment défendre une politique de baisse des prix tout en validant, dans le même temps, des hausses aussi brutales sur des médicaments essentiels ? À qui profite réellement cette décision : aux patients, ou aux industriels ?