Le Maroc accélère sa montée en puissance dans l’économie mondiale des services numériques. Le Royaume s’est fixé un objectif ambitieux : porter les recettes de son secteur de l’offshoring à 40 milliards de dirhams, soit près de 4 milliards de dollars, d’ici 2030, en s’appuyant notamment sur l’essor des investissements d’entreprises allemandes à la recherche de talents qualifiés et de services compétitifs.
Cette stratégie, annoncée fin janvier et analysée par l’agence allemande Germany Trade and Invest, vise également à créer près de 270 000 emplois dans les prochaines années, consolidant ainsi un secteur déjà en pleine transformation.
Aujourd’hui, l’offshoring marocain emploie près de 150 000 personnes. Les exportations de services – principalement destinées à l’Europe francophone – devraient atteindre 27 milliards de dirhams (2,7 milliards de dollars) en 2025.
Mais l’industrie connaît une transition structurelle profonde. Le modèle historique des centres d’appels, longtemps moteur du secteur, montre des signes d’essoufflement. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution, notamment les nouvelles restrictions législatives en France, principal marché d’exportation des services marocains d’assistance téléphonique.
Face à ces contraintes, Rabat accélère sa reconversion vers des services numériques à forte valeur ajoutée : développement informatique, ingénierie, recherche et développement (R&D) ou encore technologies logicielles.
Pour soutenir cette montée en gamme, le gouvernement multiplie les initiatives de formation et d’innovation. La création de centres spécialisés, dont Institut JAZARI, s’inscrit dans cette logique visant à renforcer les compétences technologiques locales.
Pour les autorités marocaines, la protection des données n’est plus seulement une exigence réglementaire, mais un véritable avantage concurrentiel permettant de renforcer la confiance des partenaires internationaux.
Dans cette perspective, le Maroc s’efforce d’aligner son cadre juridique sur les standards européens afin d’obtenir une reconnaissance d’adéquation des données par l’Union européenne, facilitant ainsi les transferts transfrontaliers d’informations.
Cette transformation attire de plus en plus d’entreprises allemandes désireuses de diversifier leurs chaînes d’approvisionnement de services tout en répondant à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée en Europe.
Plusieurs sociétés d’ingénierie et de technologie se sont déjà implantées dans l’écosystème numérique marocain, parmi lesquelles Bertrandt, FEV Group, Fichtner ou encore act digital via sa filiale Alter Solutions.
Ces entreprises interviennent notamment dans le développement de produits, les tests logiciels et le conseil informatique, tout en constituant au Maroc des équipes de développement agiles capables de travailler en temps réel avec l’Europe grâce à la proximité géographique et au fuseau horaire commun.
Le développement logiciel occupe une place croissante dans l’industrie automobile, un domaine où les groupes allemands sont fortement présents au Maroc. Les constructeurs délocalisent progressivement les phases de développement, de test et de validation des logiciels embarqués vers les parcs technologiques marocains.
Au-delà de l’automobile, les énergies renouvelables représentent également un terrain de coopération stratégique. Les entreprises allemandes y voient l’opportunité de développer et tester des systèmes numériques de gestion de réseaux énergétiques, dans un pays devenu l’un des laboratoires les plus dynamiques de la transition énergétique en Afrique.