Le 27 février 2026, à Casablanca, lors d’un ftour-conférence organisé par l’Association des Centraliens et Supélec du Maroc, Ryad Mezzour s’exprime devant un public de cadres et d’ingénieurs. Le cadre est maîtrisé, technique. Mais la séquence va rapidement dégénérer.
En évoquant les Marocains résidant à l’étranger sur un ton jugé abrupt et offensant, le ministre installe une tonalité perçue comme agressive. En quelques phrases, le propos dépasse son intention initiale et déclenche une polémique immédiate. Sur les réseaux comme dans certains cercles politiques, la sortie est analysée comme une faute politique, à la fois de ton et de positionnement. Un dérapage incontrôlé, murmure-t-on au sein de l’équipe gouvernementale.
Car le sujet est sensible. Les MRE ne sont pas une catégorie marginale. Ils constituent un pilier économique, un relais d’influence et un enjeu stratégique et sont au centre d’une attention royale particulière. S’exprimer à leur égard sur un registre critique expose mécaniquement à une réaction des virulentes.
Face à la polémique soulevée par ses propos, Ryad Mezzour tente de corriger le tir. Il explique que ses propos ont été « sortis de leur contexte ». Une tentative d’apaisement qui ne suffit pas à refermer complètement la séquence. Le message initial, lui, reste et fait toujours mal.
Quelques jours plus tard, sa collègue au gouvernement, la ministre Rniste du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor se saisit à son tour de la boule de feu, mais dans un registre totalement différent. Sur ses réseaux sociaux, elle relaie un extrait d’une émission dans laquelle elle s’adresse directement aux Marocains du monde.
Le message est clair. Les MRE y sont présentés comme « les meilleurs ambassadeurs » du Royaume. Le Maroc, affirme-t-elle, « les attend les bras ouverts ». Elle les invite explicitement à revenir, à saisir les opportunités et à participer à la dynamique du pays.
Là où le ministre de l’Industrie et du Commerce, estampillé Istiqlal, a introduit la controverse, la ministre du Tourisme réinstalle l’apaisement. Là où la séquence initiale a suscité crispation et débat, la seconde propose un discours d’adhésion et de mobilisation. Sans confrontation directe, sans référence à la polémique, un contre-message s’installe. Un tacle plutôt intelligent et de la récupération politique efficace.
Le timing, lui, n’est pas anodin. À moins de six mois des échéances électorales, la question des MRE retrouve une centralité évidente. Poids économique, capacité d’influence, enjeu symbolique : la diaspora marocaine reste un levier que peu d’acteurs politiques peuvent ignorer.
Dans ce contexte, chaque prise de parole gouvernementale devient un important message politique. Celle de Mezzour a ouvert une séquence. Celle d’Aamour vient en redéfinir les contours.
Au-delà de l’épisode, une constante demeure. Sur le dossier des Marocains du monde, la parole gouvernementale reste difficile à aligner. Entre logique économique et impératif politique, les registres se superposent sans toujours converger. Et dans cet espace, certains dérapent. D’autres ajustent.