Depuis la performance historique du Maroc lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2022, où les Lions de l’Atlas ont atteint pour la première fois les demi-finales, l’équipe nationale marocaine est devenue bien plus qu’une simple sélection sportive. Elle s’est progressivement imposée comme un symbole puissant de la transformation du pays et comme l’un des vecteurs les plus visibles du soft power marocain. Dans ce contexte, le rôle personnel du roi Mohammed VI dans l’orientation stratégique du football national apparaît de plus en plus déterminant.
Ces derniers jours, plusieurs rumeurs ont circulé autour de la succession de Walid Regragui, dont la démission à moins de trois mois de la Coupe du Monde de la FIFA 2026 a créé une onde de choc au sein de la sélection. Plusieurs profils internationaux prestigieux auraient été envisagés par la Fédération royale marocaine de football, notamment l’entraîneur argentin Jorge Sampaoli, ainsi que les anciens joueurs du FC Barcelona Xavi Hernández et Andrés Iniesta.
Pourtant, selon plusieurs sources concordantes citées par le quotidien catalan « Sport », ces trois pistes auraient été écartées après un veto direct du souverain. Une décision qui ne relèverait pas seulement d’un choix technique, mais d’une vision politique plus large : faire du football marocain un projet national porté avant tout par des talents du pays.
Depuis la dynamique enclenchée au Qatar, l’équipe nationale est devenue une vitrine internationale du Maroc. Les images de solidarité entre joueurs, l’attachement assumé aux racines marocaines de la diaspora et la ferveur populaire ont projeté une image moderne et confiante du royaume.
Dans cette perspective, la gestion de la sélection dépasse largement le cadre sportif. Elle participe d’une stratégie d’influence où le football sert de miroir aux ambitions du pays : stabilité, modernité, fierté nationale et capacité à rivaliser avec les grandes nations.
Le roi Mohammed VI suit personnellement ce dossier stratégique, en étroite coordination avec le président de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa. L’objectif est clair : consolider un modèle marocain capable de produire ses propres cadres techniques et de bâtir une identité footballistique durable.
Dans cette logique, les profils étrangers, même prestigieux, ne correspondent pas nécessairement à la vision royale. Les pistes menant à Sampaoli ou à Xavi auraient pu offrir un prestige immédiat, mais elles auraient aussi symbolisé une dépendance aux expertises extérieures.
Le refus d’Iniesta pour le poste de directeur sportif s’inscrit dans la même logique : privilégier l’émergence d’une génération marocaine capable d’assumer les responsabilités sportives et institutionnelles du football national.
C’est dans ce contexte que le nom de Mohamed Ouahbi s’est imposé. Il représente une nouvelle génération de techniciens formés à l’étranger, mais insérés dans l’écosystème du football marocain. Son travail avec les jeunes Lions de l’Atlas et sa connaissance approfondie du vivier national en font un profil cohérent avec la stratégie voulue par Rabat.
L’arrivée d’Ouahbi à la tête de la sélection A s’inscrit dans une vision à long terme. Au-delà de la prochaine Coupe du monde en Amérique du Nord, le véritable horizon stratégique se situe déjà en 2030, lorsque le Maroc co-organisera le tournoi avec l’Espagne et le Portugal lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2030.
Dans cette perspective, la sélection nationale n’est plus seulement une équipe. Elle est devenue un récit national, un outil diplomatique et un symbole du Maroc en mutation. En choisissant de privilégier un leadership marocain à sa tête, Mohammed VI semble vouloir inscrire cette aventure dans une logique d’autonomie, de fierté et de continuité.