Algérie/Maroc : Une dangereuse guerre froide à coup de gigantesques « manœuvres militaires »

Jamais l’électroencéphalogramme des relations entre Rabat et Alger n’a été aussi plat. Entre les deux voisins, aucun contact digne de ce nom n’a eu lieu depuis de longues mois, assurent des sources bien informées dans les deux pays. Même sur des dossiers aussi bien stratégiques qu’épineux come le terrorisme ou l’immigration, la coopération est quasi-inexistante entre les deux voisins. Alors à la place d’échanges diplomatiques, l’Algérie et le Maroc se regardent en chiens de faïence et se livrent à des démonstrations de force assez inquiétantes.

Au début des années 2000, les militaires algériens forts de dizaines de milliards de rente pétrolière se lancent dans un ambitieux et coûteux programme d’achats d’armes. Tout est bon à prendre pour l’Armée nationale populaire algérienne : des avions russes dernier-cri, des chars dernière génération, des missiles chinois et nord-coréens, des sous-marins et des frégates. De leur côté, les Forces armées royales ne restent pas les bras croisés. Le corps des blindés est renforcé par les chars Abrmas américains performants et qui ont fait leurs preuves dans de multiples champs de bataille. L’armée de l’air procède à l’acquisition de chasseurs américains F16 et de la modernisation de ses Mirage F1 et des F5 Tiger. Les forces navales chérifiennes se dotent de frégates de dernière génération (Fremm et Sigma). En plus, les FAR affinent leurs dispositions tactiques et procèdent au rajeunissement de leur top management, avec la nomination d’une nouvelle génération d’officiers aux différents postes de commandement.

Mais les deux pays n’en sont pas restés là. Il y a une année, le général-major Ahmed Gaïd Salah lance une série de manœuvres militaires à balles réelles non loin des frontières marocaines. De gros moyens et des milliers d’hommes y sont engagés. Le choix des noms pour ces manœuvres, Iktissah, Déluge, Sakhar et Balayage, est certes « pompeux » mais sonne comme une sérieuse mise en garde à l’encontre du Maroc.  

Une chose est sûre. Rabat ne s’est pas fait prier pour riposter.  En mai 2018, des manœuvres interarmes de grande ampleur, baptisées Tafilalt, ont lieu à Errachidia. L’artillerie, les blindés, l’aviation et les forces spéciales y participent. Dans la foulée d’autres manœuvres sont organisées dans le Sud du royaume et dans le Draâ. Aujourd’hui, d’autres exercices interarmes sont activement préparés dans la région de Tinghir. « Le Maroc signifie clairement à son voisin qu’il est lui aussi prêt à en découdre s’il venait à être agressé directement par l’Algérie ou indirectement par le Front Polisario », explique un expert militaire européen.

Selon des diplomates en poste à Alger, tout cela peut dégénérer puisque l’Algérie ne dispose aujourd’hui d’aucun « pilotage politique ». L’absence d’un pouvoir politique fort et opérationnel est le principal risque, souligne un ancien ministre algérien qui estime que le pays est soumis en ce moment aux seuls desideratas des militaires.          

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