Le régime algérien passé au scalpel : Les confidences secrètes d’un diplomate français à Alger…

En toutes circonstances, jouer avec les nerfs des diplomates est une démarche, qui, employée à bon escient, peut se révéler un moyen efficace d’arriver à ses fins. Si aucun Etat n’en a l’apanage, et que cette approche peut se retrouver à divers points du globe, multiforme selon les cultures et l’actualité, on découvre en Algérie un zèle particulier à l’employer.

Les autorités algériennes le font d’ailleurs avec une remarquable virtuosité, tant elles nous connaissent bien, savent nos contraintes et nos priorités, comme notre façon d’agir et de penser. Aussi, un large éventail de techniques est-il employé par les autorités algériennes, tantôt successivement, tantôt parallèlement, pour garder à leur avantage le rapport de force et ne pas perdre la face, selon l’usage diplomatique où l’on ne dit jamais « non ». – La plus largement usitée, quelle que soit l’administration ou le sujet concernés, est l’absence de réponse.

Certaines requêtes, introduites en bonne et due forme par note verbale faxée au ministère des affaires étrangères, peuvent ainsi demeurer des semaines, des mois, des années, sans réponse. Les diplomates que nous sommes sont alors placés en situation d’inconfort croissant, ne sachant à quoi se tenir et ne pouvant prendre aucune disposition.

Lorsque l’attente se prolonge survient alors le jeu des relances. Immanquablement, elles prennent la forme de nouvelles notes verbales, faisant référence aux précédentes, dans un paragraphe introductif qui, à mesure de s’étirer, tend à faire passer les compliments en second plan. Bien sûr, ces notes verbales de relance n’apportent bien souvent aucune réponse elles-mêmes, le jeu pouvant ainsi se renouveler à loisir.

– Conscient du caractère vain de ces efforts, on cherchera alors rapidement à pouvoir s’entretenir de vive voix de la requête en question. La tâche est ardue, tant l’identification d’un interlocuteur disponible et légitime est parfois difficile, comme l’obtention de l’audience en elle-même (qui nécessite souvent une note verbale supplémentaire). Lors de cet entretien finalement obtenu, le ton est bien souvent déconcertant, tant il se veut chaleureux et rassurant : on nous assure que notre requête a bien été reçue, qu’il n’y a bien sûr aucune difficulté, et que nous recevrons la réponse très prochainement. A ce moment précis, notre interlocuteur prudent ne manquera pas d’ajouter un « Inch’Allah », dont on saisit vite, après quelques déconvenues, toute la subtilité. On ressort donc de cet entretien aussi rassuré qu’inquiet, et toujours sans réponse.

– Lorsqu’une réponse arrive enfin, elle est bien souvent l’occasion d’une nouvelle angoisse. Tout d’abord car, si elle est positive, elle interviendra en principe l’avant-veille voire la veille d’une date butoir, imposant un traitement en grande précipitation ; sur sa forme ensuite, car elle parviendra par le biais d’une note verbale faxée, imposant de surveiller avec une attention tournant à l’obsession le bon fonctionnement de ces appareils d’un autre âge, week-ends et jours fériés inclus.

En de rares occasions, on recevra une réponse négative sans aucune explication qu’il faudra alors réclamer ; dans tous les autres cas, la requête n’aura jamais de réponse et devra être abandonnée après un temps estimé raisonnable ou après épuisement. Force est d’admettre que ces pratiques ne sont sans doute pas toutes délibérées, tant il est aisé d’imaginer le travail colossal induit par les centaines de demandes qui convergent chaque jour, par fax et de la part de toutes les ambassades, au ministère algérien des affaires étrangères.

On ne peut toutefois nier le soin manifeste de jouer avec nos nerfs lorsqu’il s’agit de sujets prioritaires, politiquement sensibles ou innovants, telles les propositions sur le centre culturel de Tizi Ouzou, les réadmissions, l’Ecole 42 ou le Fonds bilatéral d’investissement. Cela se transforme d’ailleurs parfois en véritable stratégie diplomatique lorsque nos relations bilatérales l’imposent, comme pour la négociation du Document cadre de partenariat ou les séminaires de haut niveau. – Ce qui vaut pour les échanges administratifs vaut aussi pour l’organisation de tout évènement, cérémonie, et manifestation diverse dans le pays. Sur ce point néanmoins, l’Algérie s’inspire largement des habitudes françaises prises lors d’évènement bilatéraux. Ainsi, nombres d’évènement sont organisés dans l’urgence, des détails d’importance réglés en quelques heures, une logistique prête à s’adapter à tout moment, indifféremment qu’il s’agisse d’une inauguration d’un site, d’une réunion ministérielle ou d’une visite présidentielle. Forte de moyens humains et logistiques impressionnants et d’usages administratifs gravés dans le marbre, le résultat est fort heureusement souvent acceptable. Cette frénésie de dernière minute n’arrange toutefois en rien l’état de nos nerfs et laisse planer une incertitude anxiogène.

Car naturellement, rien n’est jamais acquis et l’Etat souverain peut toujours revenir sur sa décision, retirer l’autorisation donnée (exemple du visa du secrétaire général allemand de l’OFAJ délivré puis retiré la veille de l’évènement prévu à Alger) et interrompre l’organisation en cours (exemple de l’inauguration de la basilique Santa Cruz à Oran maintes fois reportée puis abandonnée). L’inconfort de la situation s’accroit par la confusion liée au mystère du pouvoir décisionnaire en Algérie, où l’on ne peut se fier à aucune répartition claire des portefeuilles, et que l’on peine donc à identifier un interlocuteur utile.

Ainsi, au MAE, direction générale du protocole et direction générale Europe se livrent-elles à une bataille rangée pour savoir qui de l’une ou de l’autre doit être destinataire de nos notes verbales et prenent plaisir à nous rappeler sévèrement à l’ordre à intervalles réguliers. Classée dans les annales, on se souvient également de cette note verbale reçue il y a plus d’un mois nous informant que l’organigramme du MAE avait changé et que celui-ci nous serait transmis par note verbale ultérieure

– que l’on attend encore… Le trouble s’accroit pour les sujets qui impliquent d’autres administrations, que l’on ne doit pas contacter directement par principe de centralisation de la correspondance diplomatique au MAE et qui nous livrent parfois, de manière officieuse, des informations utiles dont on ne peut toutefois se prévaloir. A cela s’ajoutent encore parfois des conseils reçus de toute part, souvent emprunts de tentatives de pression, sur ce qu’il convient de faire ou non, à qui l’on peut et doit parler, tant dans les milieux institutionnels que privés. A titre d’illustration, l’échange avec un représentant du Forum des chefs d’entreprises récemment, qui mettait en garde le MEDEF comme l’ambassade pour ne pas rencontrer de manière trop visible M. Issad Rebrab, s’apparentait clairement à une intimidation voire à une menace. En dernier recours, la technique du double langage tenu à Paris et à Alger est un moyen sûr de finir nous irriter.

Ainsi, des messages contradictoires peuvent être passés au sein des deux capitales entre ministères et ambassades. Cette stratégie se révèle bien souvent redoutable, les autorités algériennes jouissant d’une capacité inégalée à maîtriser tous les sujets bilatéraux dans les moindres détails. De même, certaines requêtes introduites à Alger et demeurées sans réponse peuvent trouver un brusque dénouement, bien souvent négatif, par l’intervention de l’ambassade d’Algérie à Paris. Le jeu algérien à Paris est donc souvent source de frustration et d’énervement supplémentaire depuis la rive sud de la Méditerranée. Ces différentes pratiques ont pour effet – recherché – de nous placer constamment en situation de demande par rapport aux autorités algériennes, « l’honneur » nous revenant ainsi de solliciter maintes fois des informations utiles pour le travail diplomatique quotidien.

En 2017, l’ambassade de France à Alger a de ce fait envoyé 2 493 notes verbales au MAE algérien, hors consulats généraux d’Oran et d’Annaba. Au-delà du phénomène psychologique et symbolique induit, peut-être renforcé au nom de notre histoire passée, se dissimule à peine la volonté de faire pression sur nous, y compris au moyen de chantage aux visas, inscriptions au LIAD, à Campus France et autres bénéfices. Cette arme de la diplomatie algérienne est employée avec subtilité et efficacité, au gré des intérêts nationaux et de la qualité de nos relations bilatérales. En prendre conscience, l’accepter et s’y adapter est la condition préalable du travail diplomatique en Algérie ; tenter de renverser la gestion du temps à notre profit et de garder notre sang-froid constitue un labeur quotidien.

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  1. Mohamed 09:59 - février 1, 2021

    Nous allons fermer la base terroriste française qui est l’ambassade de France à Alger.
    Elle est la source de nombreux maux.

    1. Turbolotfi 13:50 - février 4, 2021

      C’est ça, restez dans le même schéma de confrontation.
      A force, vous resterez seuls, et vous direz une fois de plus « HGRONAAAAA…………………. » !!!!

    2. Mansour Essaïh 17:08 - février 5, 2021

      Je ne veux pas répondre au nom des français qui sont grands, majeurs et vaccinés et qui peuvent se défendre tout à fait seuls.

      Je pense, cependant, qu’il vous faille fermer l’’’ambassade’’ de la RAST (T pour Tindouf) transformée en bordel par l’ignoble Ibrahim ‘’bon marché’’ et où il a violé la pauvre sahraouia khadijatou Mahmoud sans compter les sévices physiques et sexuels qu’il a fait subir à de nombreux autres sahraouis dans les geôles du Poly-zéros à Rabouni et dans d’autres camps de concentration à proximité de Tindouf.

      Il n’y a pas pire honte que celle du régime militaire de la RADP (!!) qui protège le violeur et sadique Ibrahim dit ‘’bon marché’’ et qui, comble de l’horreur, le porte à la présidence de la RAST. Lui et ses autres sbires sont logés, nourris et blanchis aux frais de la princesse avec, comme argent de poche, beaucoup, beaucoup, mais beaucoup de pétrodollars du peuple algérien.

      Le régime des lascars ne veut pas se suffire des massacres qu’il a perpétrés durant sa ‘’décennie noire’’ mais que tout le monde sait qu’elle a été une ‘’décennie rouge’’ par le sang que les putschistes ont fait couler depuis leur coup d’état contre la liberté arrachée légalement par le peuple suite à des élections démocratiques en 1991.

      Aveugle, sourd et muet, le régime accumule, donc, les crimes en tuant, en faisant tuer et en internant dans des camps de concentration des populations issues du Sahara Marocain kidnappées par la junte militaire et ses mercenaires du poly-zéros. Il a aussi kidnappé et interné des populations issues d’autres Sahara tels que ceux de la Maurétanie, du Mali et du Niger que la sécheresse prolongée dans le Sahel a poussées vers le nord et que le régime maléfique a utilisées pour gonfler, aux yeux de l’opinion internationale, le nombre de faux sahraouis détenus dans les même camps.

      Les jours de la ﻉÎssaba et de ses mercenaires sont comptés. Le 22 février ; c’est demain pour qui sait attendre.

  2. Le Nadori 10:45 - février 1, 2021

    Je vous conseil si vous voulez une réponse dans un temps record pour tous questions il faut faire allusion que l’affaire concerne la question du sahara Marocain et le polizario et que votre pays voulait prendre des mesures pour appuyer la thèse des séparatistes , alors vous allez voir la vitesse avec laquelle vous aurait tous les réponses que vous vouez et sur tous les sujets même celle qui sont des tabous pour l’algérie ,c’est un conseil qu’il faut prendre au sérieux, car la diplomatie algérienne s’est concentré actuellement sur un seul sujet le Sahara Marocaine.

  3. dz man 08:06 - février 5, 2021

    L’Algérie et les Algériens vous pissent à la raie.
    Respectueuses salutations.

  4. Ziad 20:26 - février 5, 2021

    Qu’est ce que vous voulez ? C’est l’Absurdistant (et non l’Algérie), pays gouverné par des psychopathes