La Russie hausse le ton. À Rabat, son ambassadeur accuse certains pays occidentaux d’entraver les exportations russes vers le Maroc, notamment dans le secteur stratégique du charbon. Une déclaration qui illustre la complexité des équilibres économiques dans un contexte international marqué par les sanctions liées à la guerre en Ukraine.
Dans une interview accordée à une agence russe, Vladimir Baibakov, ambassadeur de Russie au Maroc, a affirmé que « le Maroc et la Russie entretiennent des relations commerciales étroites », évaluées à environ 2 milliards de dollars, malgré les sanctions imposées par l’Union européenne, les États-Unis et le Canada depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022.
Le diplomate russe estime que les sanctions sont utilisées pour « exclure » Moscou du marché marocain. Il affirme notamment que la Russie n’est pas autorisée à vendre son charbon au Royaume, alors même qu’il le présente comme « plus respectueux de l’environnement » que le charbon américain.
Selon lui, les États-Unis dissuaderaient les importateurs marocains d’acheter du charbon russe pour le remplacer par leur propre production, qu’il juge plus polluante et moins conforme aux standards de l’économie verte. Des accusations qui s’inscrivent dans la rivalité énergétique globale déclenchée par la reconfiguration des flux après 2022.
Si ces déclarations relèvent clairement du registre diplomatique, elles soulignent néanmoins une réalité : les sanctions compliquent les transactions financières et redessinent les circuits commerciaux, même pour des pays qui ne sont pas directement parties au conflit.
Malgré ce climat, Moscou insiste sur la stabilité des relations bilatérales. Les exportations marocaines vers la Russie comme les fruits, les produits de la mer et poisson se maintiennent. Les agrumes, notamment les mandarines, restent particulièrement prisés par les consommateurs russes.
Dans l’autre sens, la Russie fournit au Maroc des produits agricoles, des engrais, des aliments pour animaux, des produits pharmaceutiques, du matériel électrique et des technologies de l’information. L’énergie, les infrastructures et l’agriculture figurent parmi les secteurs identifiés comme prioritaires pour de futurs investissements.
Le 17 octobre dernier, Rabat et Moscou ont d’ailleurs signé un nouvel accord de pêche incluant les eaux du Sahara occidental, confirmant la continuité pragmatique de leur coopération économique.
Les propos de l’ambassadeur interviennent alors que le Maroc maintient une position d’équilibre sur la scène internationale, multipliant ses partenariats tout en évitant les alignements frontaux. Rabat cherche à préserver ses relations avec l’Occident, tout en consolidant ses liens avec des acteurs comme la Russie ou la Chine.
Au-delà de la polémique sur le charbon, l’épisode révèle une constante : dans un monde fragmenté par les sanctions et la rivalité des blocs, les marchés tiers deviennent des terrains d’influence stratégique.
Pour le Maroc, l’enjeu est clair : préserver sa souveraineté économique, diversifier ses partenariats et sécuriser ses approvisionnements énergétiques, sans s’exposer aux turbulences géopolitiques.
Entre Moscou et Washington, Rabat avance sur une ligne de crête. Et transforme, une fois encore, les tensions globales en exercice d’équilibre diplomatique.