Une cinquantaine d’entreprises marocaines attendent toujours le règlement de près de 5 millions de dollars pour des travaux réalisés en 2024 dans le cadre de la rénovation et de l’entretien du palais du prince héritier saoudien à Tanger. L’alerte a été lancée jeudi par Human Rights Watch (HRW), qui dénonce une situation aux conséquences sociales lourdes.
Selon l’organisation, les sociétés concernées ont fourni main-d’œuvre, matériaux et services sans être rémunérées, malgré des « assurances répétées » de la part d’entreprises saoudiennes et de représentants du palais. À ce jour, précise HRW, les entités ou entreprises responsables du non-paiement ne sont pas clairement identifiées.
Les répercussions sont déjà tangibles. HRW affirme qu’au moins 11 entreprises marocaines sont au bord de la faillite. Des centaines de travailleurs auraient perdu leur emploi, incapables depuis plus de seize mois de subvenir aux besoins de leurs familles.
Michael Page, directeur adjoint pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Human Rights Watch, dénonce une situation « inadmissible ». Selon lui, « des centaines de travailleurs au Maroc et leurs familles sont en grande difficulté financière car ils ne sont pas payés ». Il estime qu’il est inacceptable que des entreprises supervisant la construction d’un palais de luxe puissent mettre leurs partenaires étrangers au bord de la ruine, évoquant de possibles pratiques contractuelles abusives.
L’organisation appelle à une collaboration étroite entre les autorités marocaines et saoudiennes afin de garantir le paiement intégral des sommes dues.
Cette affaire intervient alors que les conditions de travail dans certains grands projets saoudiens sont régulièrement pointées du doigt. En novembre 2025, Amnesty International publiait un rapport dénonçant des violations présumées des droits humains lors de la construction du métro de Riyad, évoquant notamment des salaires très faibles pour certains travailleurs migrants, parfois inférieurs à deux dollars de l’heure.
L’ONG appelait alors à une réforme du système d’emploi des travailleurs migrants et à un renforcement des mécanismes de protection.
Au-delà du différend commercial, l’affaire soulève des enjeux diplomatiques et économiques sensibles. Les entreprises concernées opéraient dans un cadre contractuel lié à un projet de prestige. Leur fragilisation affecte non seulement des emplois locaux, mais aussi la crédibilité des partenariats internationaux.
Pour les sociétés marocaines, la question est désormais urgente : récupérer les fonds dus pour éviter des faillites en chaîne. Pour les autorités, le dossier pourrait rapidement devenir un test de coopération bilatérale en matière de protection des entreprises et des travailleurs.