La justice néerlandaise a acquitté un ancien employé de l’unité antiterroriste des accusations d’espionnage au profit du Maroc, tout en le condamnant pour détention illégale de documents classifiés. Une affaire sensible qui a mis en lumière les failles potentielles dans la gestion des informations confidentielles au sein des services de sécurité des Pays-Bas.
Abderrahim El M., ancien collaborateur du Nationaal Coördinator Terrorismebestrijding en Veiligheid (NCTV), l’organisme néerlandais chargé de la coordination de la lutte contre le terrorisme, était poursuivi pour avoir prétendument transmis des secrets d’État aux services de renseignement marocains. Dans ses fonctions, il suivait notamment les questions liées au salafisme et au djihadisme.
L’enquête avait été déclenchée en 2023 après une alerte du Algemene Inlichtingen- en Veiligheidsdienst (AIVD), le service de renseignement intérieur néerlandais. Les enquêteurs avaient filmé El M. en train d’imprimer des documents classifiés au bureau, en utilisant un badge appartenant à un collègue.
Les images avaient conduit à son arrestation à l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, quelques instants avant l’embarquement d’un vol à destination du Maroc. Lors de son interpellation, les autorités avaient découvert dans ses bagages 928 documents confidentiels, dont 345 provenant de l’AIVD et 65 du Militaire Inlichtingen- en Veiligheidsdienst (MIVD), le service de renseignement militaire néerlandais.
Le parquet avait initialement requis jusqu’à 12 ans de prison, estimant que l’accusé menait une double vie et travaillait en réalité pour les services marocains. Mais au terme du procès, les juges ont estimé que les preuves d’espionnage étaient insuffisantes.
Le tribunal a donc acquitté El M. de cette accusation centrale, tout en le déclarant coupable d’avoir détenu sans autorisation un volume important de documents classifiés. Il a été condamné à 20 mois de prison, une peine équivalente à la durée de sa détention provisoire.
Pendant près de deux ans, l’ancien employé avait refusé de s’exprimer devant la justice. Lors de sa prise de parole finale, il a soutenu que les documents retrouvés dans ses bagages s’y trouvaient par erreur. Il a expliqué les avoir emportés à son domicile pour poursuivre son travail, une pratique strictement interdite par les règles de sécurité.
Si l’hypothèse d’un réseau d’espionnage n’a finalement pas été retenue par la justice, l’affaire a néanmoins soulevé de nombreuses interrogations aux Pays-Bas sur la protection des informations sensibles et les procédures d’accès aux données classifiées au sein des institutions chargées de la sécurité nationale.