Le pari est colossal. Mais il est aussi risqué. À l’approche de la Coupe du Monde 2030, le Maroc s’engage dans un cycle d’investissements publics massif de près de 19 milliards de dollars, que le Fonds monétaire international regarde désormais avec une vigilance accrue. Le message clair. Sans discipline d’exécution, la facture pourrait déraper… sans garantie de retour.
Dans sa dernière note de synthèse, le FMI reconnaît que les infrastructures ont été un moteur clé de la croissance marocaine, représentant près de 20 % des gains de productivité depuis 2005. Ports, télécoms, logistique. Le modèle a fait ses preuves dans, mais l’ampleur du programme 2024–2030 change la donne.
Au total, Rabat prévoit d’investir l’équivalent de 11,9 % du PIB de 2024, soit environ 190 milliards de dirhams. Le rail capte la plus grosse enveloppe (6 % du PIB), suivi des aéroports (2,4 %), des stades du Mondial (2,2 %), des routes (0,9 %) et des infrastructures urbaines et touristiques (0,5 %). Une montée en puissance sans précédent.
Près de 67 % des fonds proviendront d’emprunts bancaires nationaux, complétés par des financements extérieurs (17 %), des obligations locales (9 %) et des apports d’entreprises publiques (7 %). Résultat : une pression immédiate sur les finances publiques et sur le crédit domestique. Le FMI anticipe un effet d’éviction : l’État emprunte, les entreprises paient plus cher, l’investissement privé ralentit.
L’autre point critique concerne la structure même des dépenses. Environ 60 % des investissements sont importés comme les équipements, les technologies, l’ingénierie. L’effet d’entraînement sur l’économie locale sera mécaniquement limité.
Le FMI est explicite. Une dérive de 30 % des coûts, scénario loin d’être théorique dans ce type de méga-projets, pourrait alourdir la dette publique de 3 points de PIB supplémentaires d’ici 2034, sans générer de croissance additionnelle. Autrement dit : plus de dette, sans retour.
Dans son scénario central, l’institution reste optimiste. Les investissements pourraient porter le PIB réel à +2 % d’ici 2030 par rapport à un scénario sans projets, puis à +3 % à moyen terme. Mais cette trajectoire repose sur une condition non négociable : l’efficacité.
Et c’est là que tout se joue. Selon les simulations du FMI, une amélioration de 20 % de l’efficacité des dépenses publiques pourrait booster la croissance de 3,5 à 4 %. À l’inverse, une mauvaise exécution réduirait les gains à 2–2,5 %. L’écart est massif.
Dans tous les cas, le coût budgétaire est déjà acté. Le déficit devrait se creuser de 1,2 % du PIB en moyenne sur la période, tandis que la dette publique augmenterait d’environ 8 points avant de se stabiliser.
Le message du FMI est sans ambiguïté : le Maroc doit muscler sa gouvernance des investissements. Contrôle des coûts, intégration des dépenses de maintenance, suivi rigoureux de la dette, transparence des engagements hors bilan. Autant de garde-fous indispensables pour éviter que le Mondial ne se transforme en piège budgétaire.