Des blockbusters américains aux séries à succès de plateformes mondiales, le Maroc est en train de devenir l’un des terrains de jeu favoris de l’industrie audiovisuelle internationale. Décors spectaculaires, coûts compétitifs, soutien massif de l’État, armée mobilisée pour les tournages. Le royaume attire désormais les plus grandes productions mondiales.
Et derrière cette montée en puissance, une stratégie bien huilée est en train de transformer le Maroc en hub cinématographique incontournable entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.
Le signal est clair. Les grands studios internationaux investissent massivement au Maroc.
Parmi les productions récemment tournées dans le royaume figurent De Gaulle : Le Fer-Blanc de Pathé, réalisé par Antonin Baudry et présenté à Cannes, mais aussi L’Odyssée, le très attendu blockbuster historique de Christopher Nolan produit par Universal.
Autre projet d’envergure : Lords of War d’Andrew Niccol avec Nicolas Cage, dont plusieurs scènes majeures ont été tournées à Casablanca, Marrakech, Rabat et Kénitra.
Même les plateformes américaines misent désormais sur le royaume. La deuxième saison de The Terminal List, portée par Chris Pratt sur Prime Video, y a été tournée, tout comme Matchbox, le spectaculaire film d’action de Sam Hargrave avec John Cena et Jessica Biel produit pour Apple Originals.
L’un des plus grands atouts du royaume réside dans sa capacité à se transformer en n’importe quel pays du monde. Casablanca devient une capitale africaine. Marrakech se transforme en ville du Moyen-Orient. Les paysages désertiques remplacent l’Ukraine, la Syrie ou encore certaines régions d’Asie centrale.
Pour Lords of War, plusieurs villes marocaines ont servi de décor à différents pays africains et moyen-orientaux. À Kénitra, l’aéroport militaire a même été mobilisé pour des scènes d’action impliquant des avions Hercules et du matériel militaire marocain.
« L’armée royale est d’une aide précieuse et prête à fournir tout ce qu’elle peut », confient les producteurs.
Le Maroc ne séduit pas uniquement par ses paysages. Le royaume propose aussi un système extrêmement attractif pour les producteurs étrangers : remboursement de 30 % des dépenses locales, exonération de TVA, coûts techniques compétitifs et procédures administratives accélérées.
Pour bénéficier du crédit d’impôt, les productions doivent investir environ 10 millions de dirhams localement et tourner au moins 18 jours sur place.
Sous l’impulsion du nouveau directeur du Centre cinématographique marocain, Mohamed Reda Benjelloun, les délais de remboursement ont considérablement diminué. Là où certaines productions attendaient auparavant une année entière, les remboursements arrivent désormais en six mois, avec l’objectif de tomber à trois ou quatre mois.
Un argument décisif dans une industrie où le temps vaut des millions.
Le succès marocain repose aussi sur l’expertise croissante des techniciens locaux. Au fil des années, les équipes marocaines ont travaillé sur des productions géantes comme Gladiator, Spectre, Indiana Jones ou encore Men in Black. Résultat : le savoir-faire marocain s’exporte désormais bien au-delà du royaume.
Construction de décors, direction artistique, accessoires, comptabilité de production. Les professionnels marocains sont aujourd’hui sollicités jusqu’en Arabie saoudite, en Jordanie, en Allemagne ou en Corée.
Leur réputation repose aussi sur leur flexibilité et leurs coûts plus faibles que ceux des équipes occidentales.
Les mythiques Atlas Studios et Oasis Studios à Ouarzazate continuent d’attirer les grandes productions internationales, tandis qu’un nouveau complexe géant, Argan Studios, doit normalement voir le jour entre Rabat et Casablanca.
Parallèlement, des écoles de cinéma ouvrent progressivement dans le pays afin de former une nouvelle génération de techniciens et de créateurs marocains.
Aujourd’hui, le royaume ne veut plus être seulement un décor de cinéma. Il ambitionne désormais de devenir une véritable puissance régionale de l’industrie audiovisuelle.