En co-signant à Salé une conférence officielle sur l’économie bleue avec Global Fishing Watch, le secrétariat d’État chargé de la Pêche maritime a-t-il mesuré qui était vraiment son partenaire ? Sur la page que l’organisation consacre au Royaume, le Maroc apparaît amputé de ses provinces du Sud.
Le 28 avril 2026 à Salé, Zakia Driouich, secrétaire d’État chargée de la Pêche maritime, présidait la conférence «Aires marines protégées et économie bleue : enjeux et défis», co-organisée avec Global Fishing Watch. Objectif phare annoncé : porter la couverture des aires marines protégées de 1% à 10% à l’horizon 2028. Une ambition saluée. Un partenaire qui pose question.
Il suffit d’un clic. Sur la page «Our work in Morocco» du site de Global Fishing Watch, le globe terrestre affiche un Maroc en vert dont le tracé s’arrête net à hauteur de Tarfaya. Au-delà, plus rien. Le Sahara occidental, soit l’essentiel de la façade atlantique du Royaume et l’une des zones halieutiques les plus riches au monde, a tout simplement disparu du contour national. Pour une organisation dont la donnée géospatiale est le cœur de métier, le choix cartographique n’est jamais innocent. La question s’impose alors d’elle-même : la secrétaire d’État a-t-elle seulement consulté la page web de l’organisation qu’elle invitait à ses côtés à la tribune ?
Pour mesurer l’incongruité du partenariat, il faut remonter à la généalogie de Global Fishing Watch. L’organisation a été cofondée en 2015 par Google, Oceana et SkyTruth, trois entités issues de la mouvance environnementale anglo-saxonne. Or, les données satellitaires de positionnement de navires, matière première de Global Fishing Watch, sont précisément le type de matériau utilisé par des plateformes militantes comme Western Sahara Resource Watch, qui qualifie le Sahara marocain de «territoire occupé» et dénonce régulièrement la pêche marocaine au large de Dakhla et Boujdour. En conventionnant Global Fishing Watch, le secrétariat d’État de Zakia Driouich ouvre les portes de la coopération institutionnelle marocaine à un écosystème technologique dont les outils peuvent, à tout moment, alimenter les campagnes hostiles à la souveraineté du Royaume sur ses provinces du Sud.
L’épisode tombe au plus mauvais moment. Depuis avril 2025, le Maroc a repris la main sur la cartographie marine de ses propres eaux, le Service hydrographique français ayant transféré officiellement cette responsabilité à la Marine Royale. Une marocanisation revendiquée comme une affirmation de souveraineté. Parallèlement, Washington, Paris, Madrid et Londres reconnaissent successivement la souveraineté marocaine sur le Sahara. Dans ce contexte, chaque carte officielle pèse. Chaque visuel signé par une administration marocaine engage l’État. Tolérer qu’un partenaire conventionné continue d’afficher publiquement un Maroc tronqué revient à offrir gratuitement un point d’appui symbolique aux adversaires de la cause nationale. Et lorsque cette tolérance est le fait d’un membre du gouvernement, elle change de nature : elle devient un manquement.
L’affichage est aujourd’hui intenable. Soit Global Fishing Watch met sa cartographie en conformité avec la réalité territoriale du Royaume, et le partenariat peut prospérer sur des bases assainies. Soit le statu quo est maintenu, et c’est alors la responsabilité personnelle de Zakia Driouich qui sera engagée pour avoir conventionné, sous le sceau de l’État, une organisation qui amputait publiquement la carte du Maroc au moment même où elle l’invitait à Salé.
À Rabat, certains parlent déjà d’une «erreur de casting». D’autres, plus sévères, évoquent un manque caractérisé de vigilance stratégique de la part d’une secrétaire d’État dont la fonction même consiste à défendre les intérêts halieutiques du Royaume sur l’ensemble de ses 3 500 kilomètres de côtes. Dans une période où le Maroc impose, capitale après capitale, sa lecture cartographique du territoire national, accepter qu’une organisation partenaire continue d’afficher une carte amputée n’est pas une négligence.