Félix Bolaños, ministre de la Justice, de la Présidence et des Relations avec les Cortes, considéré comme l’un des poids lourds et des esprits les plus aguerris du gouvernement de Pedro Sánchez, a livré au Congrès un réquisitoire aussi sévère pour l’opposition que révélateur de l’état réel des relations hispano-marocaines.
Son message est limpide. Madrid ne peut pas accuser Rabat sans preuves. Et surtout, Madrid ne peut pas manquer de respect au Maroc.
Alors que certains secteurs politiques espagnols cherchent à transformer la crise de Ceuta en nouvelle confrontation diplomatique avec le Royaume, Bolaños a choisi une tout autre voie. Il a défendu la fiabilité du Maroc et l’importance de sa coopération avec l’Espagne, tout en dénonçant les accusations lancées contre Rabat sans éléments probants.
Une mise au point particulièrement significative dans un contexte où la pression politique s’intensifie sur Pedro Sánchez.
Car derrière la polémique migratoire se joue une question autrement plus stratégique. Jusqu’où l’Espagne peut-elle aller dans la mise en cause du Maroc sans compromettre une relation devenue essentielle à ses intérêts sécuritaires, économiques et migratoires ?
Le ministre a ainsi reproché aux députés espagnols d’avoir « manqué de respect » au Maroc en l’accusant d’avoir organisé ou toléré la déferlante humaine vers Ceuta. Une accusation qui, selon lui, ne repose sur aucune preuve.
Un avertissement à peine voilé. La politique étrangère espagnole ne peut pas être dictée par l’émotion, les réflexes électoraux ou les calculs de politique intérieure.
Cette sortie intervient dans un contexte particulièrement sensible. La crise de Ceuta a immédiatement réveillé, en Espagne, les vieux réflexes de confrontation avec Rabat. Plusieurs responsables politiques ont désigné le Maroc comme principal responsable, tandis que des voix de plus en plus radicales réclament une réponse de fermeté.
Mais cette lecture se heurte désormais à une réalité diplomatique. L’Espagne a besoin du Maroc et le sait.
Coopération migratoire, lutte contre les réseaux criminels, sécurité, renseignement, contrôle des frontières, échanges économiques. Les intérêts communs entre les deux pays sont trop importants pour être sacrifiés sur l’autel d’une polémique.
Le gouvernement Sánchez semble d’ailleurs avoir compris le danger. Contrairement à certains discours entendus dans l’opposition, ni le chef du gouvernement ni ses principaux ministres n’ont, jusqu’ici, choisi de transformer Rabat en adversaire officiel. Bolaños vient désormais renforcer cette ligne.