La Chine a vendu 30 000 tonnes d’ammoniac liquide au Maroc, expédiées depuis Nankin. La cargaison compense en partie des livraisons du Moyen-Orient interrompues par le conflit impliquant l’Iran. L’ambassade de Chine annonce l’ouverture d’une nouvelle route maritime dédiée.
Pékin vient en renfort du premier producteur mondial de phosphates. Selon un communiqué publié sur X par l’ambassade de Chine à Rabat, une cargaison de 30 000 tonnes d’ammoniac liquide, destinée à la fabrication d’engrais, a été chargée au port de Nankin avant de prendre la mer pour le Maroc. L’ambassade présente ce trajet comme l’inauguration d’une route maritime internationale dédiée à l’ammoniac liquide entre Nankin et l’Afrique du Nord. Elle souligne le rôle de ce produit dans l’agriculture et la sécurité alimentaire.
L’expédition intervient alors que le conflit impliquant l’Iran perturbe les approvisionnements en ammoniac que l’OCP tire du Moyen-Orient. Le groupe public, qui ne produit pas d’ammoniac à l’échelle de ses besoins, dépend des importations pour alimenter ses unités d’engrais. Le volume annoncé reste modeste au regard de sa consommation : l’OCP importe de l’ordre de deux millions de tonnes d’ammoniac par an, et ce chiffre pourrait atteindre trois millions d’ici 2030, selon des données publiées en 2023. La cargaison chinoise couvre donc quelques jours de consommation, et constitue un appoint plus qu’un remplacement.
Le Maroc n’est pas un nouveau venu dans les exportations chinoises. D’après les douanes chinoises (GACC), il a absorbé 51 050 tonnes d’ammoniac chinois en mai, sur 185 000 tonnes exportées ce mois-là, soit une hausse de 163 % sur un mois, ce qui le plaçait devant l’Australie, l’Afrique du Sud et l’Inde. La cargaison de Nankin prolonge cette tendance et la dote d’une route identifiée.
Le communiqué de l’ambassade parle d’ammoniac liquide, sans préciser son mode de production. L’appellation « ammoniac vert », qui désigne un produit fabriqué à partir d’hydrogène issu d’énergies renouvelables, ne figure pas dans les éléments disponibles et ne peut être retenue à ce stade. L’OCP développe par ailleurs son propre programme d’ammoniac vert, avec un objectif d’un million de tonnes de capacité en 2027 et de 3 millions de tonnes en 2032, ce qui lui permettrait à terme de réduire sa dépendance aux importations.
L’ampleur des perturbations subies par l’OCP, la part des approvisionnements moyen-orientaux effectivement interrompue, le prix de la cargaison et la régularité de la nouvelle route ne sont pas documentés. Le groupe n’a pas communiqué, à notre connaissance, sur l’impact opérationnel de la crise sur sa production d’engrais.