En bloquant le texte américain, Moscou offre à Rabat l’occasion de se débarrasser de la MINURSO. Mais le plan d’autonomie, sans véhicule onusien, se retrouve gelé et reste difficile à appliquer.
Moscou a lancé la balle très haut, et Rabat l’a smashée. Le Conseil de sécurité n’a adopté aucun des deux textes soumis au vote le 30 octobre. Le projet américain a recueilli onze voix pour et trois abstentions, mais la Russie y a opposé son veto. Les États-Unis ont ensuite bloqué le contre-projet russe, qui n’avait obtenu que trois voix. La MINURSO se retrouve sans mandat, et la diplomatie marocaine transforme l’échec en victoire.
Un veto prévisible, un scénario préparé
Washington proposait de prolonger la mission jusqu’au 31 octobre 2027 et de la rebaptiser MINUSO, en supprimant le mot « référendum » de son nom. Selon Reuters, le texte réduisait aussi la composante militaire et faisait du plan d’autonomie la seule base des négociations.
À Rabat, la surprise est restée limitée. Nasser Bourita a confirmé sur 2M que Moscou avait prévenu le Maroc de son intention de bloquer le texte, et que le Royaume n’avait rien tenté pour l’en dissuader. Le Desk en tire la lecture que Rabat gagnait dans les deux cas : consécration de l’autonomie si le texte passait, fin de la MINURSO s’il tombait. Autre indice d’anticipation, le communiqué du Cabinet royal a été publié moins d’une heure après le vote.
C’est le point que Rabat n’a jamais caché. La mission, présente depuis 1991, rappelle matériellement que le statut du territoire n’est pas tranché par l’ONU. Le Cabinet royal y voit un pas significatif vers la clôture définitive du dossier aux Nations unies, et a demandé le retrait de la mission. Bourita a même évoqué le retrait attendu des panneaux et des drapeaux de la MINURSO à Laâyoune. Selon lui, la mission n’a plus de statut juridique depuis minuit, et le Conseil ne se réunira plus sur le sujet. Il a toutefois écarté toute idée d’expulsion et parle d’un départ coordonné. Aucun État souverain ne souhaite durablement une force étrangère sur son sol, et Rabat récupère ici ce que le Conseil lui refusait depuis trois décennies.
L’autonomie, victime collatérale
Le revers est pour le plan d’autonomie lui-même. Le seul texte onusien qui en faisait l’unique base de négociation vient de mourir sous veto russe. Rabat maintient que l’initiative de 2007 reste la référence, mais le communiqué royal évoque une suspension du processus jusqu’à la définition de ses paramètres. Les conditions posées sont strictes, autonomie comme unique base, souveraineté marocaine comme issue, et quatre parties clairement identifiées. Or le Polisario avait rejeté catégoriquement l’initiative américaine, et l’Algérie n’a jamais accepté de se laisser classer comme partie au différend. Faute d’interlocuteur et de cadre, le plan est de fait mis hors course.
Les obstacles sont aussi internes. Le plan de 2007 suppose un statut régional doté d’institutions propres, ce qui implique une révision constitutionnelle dans un État séculairement centralisé, ainsi qu’un mécanisme de validation populaire dont le corps électoral reste à définir. Rien de cela n’a été détaillé. Faute de calendrier, le plan reste une promesse plus qu’un texte applicable.
Le Parlement en caution
Les deux chambres se réunissent en séance commune ce lundi 2 novembre à 13 heures. L’enjeu est de savoir si l’exercice produira une simple déclaration ou une résolution parlementaire fixant la nouvelle doctrine. Une question reste absente des annonces officielles. Les conséquences sécuritaires de l’après-MINURSO, qui supervisait le cessez-le-feu de 1991.
Tous ne voient pas un smash gagnant. La presse algérienne rappelle qu’aucune puissance ne peut imposer seule sa lecture du conflit au Conseil, et que le statut du territoire reste une question de décolonisation non résolue. Les déclarations au Conseil ont révélé des réserves, même chez des membres ayant voté pour le texte. Le Conseil peut aussi rester saisi du dossier, et Washington dit vouloir continuer à soutenir une MINURSO remaniée et l’envoyé personnel Staffan de Mistura. Des analystes critiques du Maroc jugent enfin que la fermeture de la voie diplomatique pourrait nourrir, au sein du Polisario, le camp favorable à la reprise des armes.