Algérie : Mouwatana, chronique d’une triste déception

C’était une belle promesse de démocratie. Une nouvelle organisation avec un énorme potentiel démocratique. Des partis de l’opposition, des activistes indépendants, des journalistes engagés, des juristes, des personnalités nationales, Mouwatana était une belle idée, très belle idée. Même si elle ressemblait un peu à Barakat, en moins anarchique. C’est ce qu’on pensait, au début, en tous cas.

Les Algériens espéraient beaucoup de ce mouvement. Ils pensaient qu’il allait enfin produire des solutions politiques, des alternatives, des plans sérieux pour mettre la pression sur le régime et sauver ainsi l’Algérie d’une véritable débâcle. Malheureusement, ce ne fut pas le cas. 

L’illusion aura duré deux misérables mois. Pis encore, la déception était à la mesure de l’attente ! Spectaculaire. Au final, Mouwatana n’a été qu’une soupape, un instrument pour légitimer la candidature d’un général à la retraite, le sieur Ali Ghediri, qui partage avec les cadors de Mouwatana le point commun d’un égo démesuré. Ghediri, encore un autre produit du système qui promet aux Algériens de changer ce même… Système. Une aberration, Benflis, Benbitour, Ghozali, Hamrouche…la liste est longue de ceux qui ont déjà brassé du vent, agiter des idées pour finir balayer par un facebbokeur derrière son clavier.

Mais quand on se veut militant de la démocratie, c’est une toute autre limonade. Les « rebelles » Zoubida Assoul et Amira Bouraoui ont fait exploser ce mouvement soi-disant démocratique. Sans consulter leurs collègues, les autres militants. Une habitude dans le cas de Bouraoui qui avait fait imploser Barakat dont les cadres n’en pouvaient plus de son égocentrisme élitiste.  Assoul et Bouraoui ont donc accepté de donner une caution à un Ali Ghediri que personne ne connaît encore en Algérie. L’ancien DRH du ministère de la Défense Nationale s’est vu ainsi propulser porteur de « la rupture » grâce à Zoubida Assoul et Mokrane Ait Larbi, deux anciens militants très actifs pour la démocratie. Mouwatana a finalement servi pour offrir une caution de légitimité démocratique à  un général qui sort de sa retraite dont la seule obsession est de s’emparer du pouvoir, quoi que ça en coûte au pays, comme déchirures. La fascination du démocrate de salon pour le Militaire galonné n’est pas nouvelle, (Khalida Toumi, l’amie de Mokrane est déjà passée par là), mais pourquoi alors créer un mouvement citoyen, si on définitive on drague le Général et on oublie le citoyen ! 

Et pour clore ce joli tableau de désaxés politiques, Sofiane Djilali, et ses partisans de Jil Jadid, ont démontré eux aussi leurs limites. Il n’a même pas été capable de gérer ses camarades pour les convaincre de ne pas soutenir un autre produit des laboratoires du régime. Largué par les événements, Sofiane Djilali s’est réduit à prôner le boycott, la solution des plus faibles qui ne peuvent ni mobiliser, ni convaincre, parce que l’ancien disciple de Boukrouh, est devenu depuis démocrate. Ainsi fut donc Mouwatana. L’histoire retiendra que cette déception poignante risque d’aggraver la méfiance des Algériens vis-à-vis des politiques. Eux qui voulaient faire renaître l’action politique citoyenne viennent d’enterrer la dernière illusion démocratique.

D’ailleurs, aujourd’hui, les Algériens manifestent uniquement derrière des amateurs de buzz, des blogueurs, des anciens comédiens, des agitateurs professionnels venus de Paris ou de Londres dépourvus d’épaisseur politique et même derrière des appels anonymes sujets à caution. Mais, ils ne manifesteront pas derrière Mouwatana, dont la guerre des chefs et des égos, a tué le bébé à l’accouchement. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.