Le Maroc n’est plus seulement un voisin géographique de l’Espagne : il est devenu un acteur démographique majeur. Portée par la proximité historique, humaine et économique entre les deux rives, l’immigration marocaine s’impose aujourd’hui comme la première population étrangère dans plusieurs provinces espagnoles, avec une présence écrasante en Andalousie, où elle domine sept des huit provinces de la région.
Cette réalité consacre les Marocains comme le premier groupe étranger du pays, loin devant les autres nationalités. Une dynamique largement expliquée par la géographie : le détroit de Gibraltar n’est plus une frontière, mais un pont humain. De fait, les immigrés marocains sont massivement concentrés en Catalogne et en Andalousie, où ils exercent une influence sociale, économique et culturelle devenue incontournable dans la quasi-totalité des provinces andalouses.
Une seule province d’Andalousie échappe désormais à cette domination marocaine : Séville. Longtemps majoritaire, la communauté marocaine y a été récemment dépassée par les immigrés colombiens, nouvelle force montante de la migration en Espagne. À Séville, les Colombiens arrivent désormais en tête, suivis des Marocains, puis des Nicaraguayens et des Vénézuéliens. Une recomposition qui illustre l’irruption spectaculaire des migrations latino-américaines.
À l’échelle nationale, les immigrés d’Amérique latine représentent désormais la moitié de la population immigrée et près de 10 % de la population totale. Les Colombiens, en particulier, sont devenus la nationalité dominante dans 15 provinces, notamment à Alicante et Zamora, détrônant Britanniques et Portugais.
En Andalousie, l’immigration ne se limite plus aux grandes villes. Dans la province de Séville, la commune de San Juan de Aznalfarache affiche la plus forte densité d’immigrés (17,5 %), devant Villamanrique de la Condesa (12,8 %) et Séville elle-même (11,7 %). Les équilibres locaux varient : Portugais majoritaires à Almadén de la Plata, Britanniques à Aguadulce, Pruna ou Lora de Estepa, Européens du Nord à El Palmar de Troya. Mais à l’échelle régionale, le poids marocain reste sans équivalent.
Alors que la population hispanophone de Séville recule légèrement, la diversité progresse, portée par des flux migratoires durables. Derrière les chiffres, c’est un basculement silencieux qui s’opère : l’Andalousie regarde de plus en plus vers le sud. L’immigration marocaine, par son ampleur et sa stabilité, ne relève plus du phénomène conjoncturel. Elle structure désormais la société espagnole.
Entre Tanger et Séville, entre Rabat et l’Andalousie, une évidence s’impose : la Méditerranée occidentale est devenue un espace partagé, et les Marocains en sont l’un des piliers humains majeurs.