Duel de képis à Alger : l’armée met définitivement sous tutelle le président Abdelmedjid Tebboune

Le dimanche 4 juillet, les images retransmises, depuis le palais du peuple à Alger, par la télévision publique algérienne sont sans appel. On y voit le président de la république ceinturé par deux hauts gradés de l’armée nationale populaire. De chaque côté du siège du président, deux chaises où trônent deux généraux et pas n’importe lesquels. A la droite du chef de l’Etat et ministre de la Défense était assis le chef d’état-major, le général de corps d’armée Saïd Chengriha et à sa gauche, le général d’armée Ali Ben Ali, patron de la garde présidentielle. D’ailleurs, les deux hauts officiers ont eux aussi participé conjointement avec Abdelmadjid Tebboune à la promotion des 11 généraux de l’ANP.

Pour les observateurs qui avaient encore un doute sur la nature du régime algérien, cette cérémonie est venue les convaincre définitivement que le président Tebboune n’est qu’une potiche entre les mains d’une armée surpuissante et surtout qui détient les clés du pouvoir. Tous les efforts consentis par l’ancien président Abdelaziz Bouteflika pour affirmer le caractère civil du pouvoir algérien en été vaines. Aujourd’hui, l’armée ne se cache plus. Elle a le pouvoir et elle le montre ostensiblement. « Chengriha et consorts ont pris l’ascendant sur le locataire du palais Al Mouradia et ne se privent de l’humilier en public », souligne un ancien haut gardé de l’armée.

Mais dans ce jeu de billard à plusieurs bandes, le sort du président Tebboune est loin d’être l’enjeu majeur. C’est la guéguerre que se livrent les généraux entre eux qui attire l’attention des chancelleries occidentales. Depuis les dernières élections législatives, largement boycottée par le corps électoral, les principaux généraux influents, en service ou à la retraite, sont à couteaux tirés. Le général d’armée Ben Ali Ben Ali, âgé de 87 ans, est aujourd’hui en sédition. Il refuse d’aller à la retraite malgré son état de santé et son âge très avancé. Pour sa part, le général Saïd Chengriha se plait de plus en plus dans le rôle de Primus inter pares qu’occupait son prédécesseur feu Ahmed Gaid Salah. Cela dit, il a moins d’emprise sur les officines des services de renseignement. « Celles-ci jouent aujourd’hui à celui qui perd gagne en se marchant sur leurs plates-bandes mutuelles», avoue à Maghreb-intelligence un ancien cadre de la DGSI.

« Il n’y qu’à voir les tirs croisés des différends influenceurs sur les réseaux sociaux vivant à l’étranger et qui sont tous plus ou moins liés à ces officines pour comprendre qu’entre les généraux puissants rien ne va plus », ajoute notre source.

Cette situation pourrait perdurer encore un moment tellement les équilibres sont fragiles entre les différents clans. Mais au vu de l’âge des uns et des autres, une porte de sortie ne tardera pas à s’ouvrir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.