Longtemps, les grandes fortunes marocaines prospéraient dans une relative discrétion, loin des projecteurs internationaux. Cette époque semble révolue. En 2026, le Royaume confirme son changement de dimension économique en plaçant cinq groupes familiaux dans le classement Forbes Middle East des 100 entreprises familiales arabes les plus influentes. Une performance qui accompagne une autre réalité plus stratégique. Le Maroc est désormais le quatrième pays africain comptant le plus de milliardaires.
Derrière l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria, le Royaume s’impose progressivement comme l’un des principaux centres de création et de concentration de richesses du continent. Une évolution qui traduit la montée en puissance de plusieurs dynasties entrepreneuriales capables de rivaliser avec les grands groupes familiaux du Golfe et du Moyen-Orient.
La locomotive de cette percée s’appelle Othman Benjelloun. À 93 ans, le président d’O Capital demeure l’homme le plus riche du Maroc avec une fortune estimée à 1,7 milliard de dollars. Son groupe, né de la fusion entre FinanceCom et Holding Benjelloun Mezian, occupe la 21e place du classement Forbes, loin devant les autres groupes marocains.
Derrière lui, Holmarcom confirme son ascension. Le groupe dirigé par Mohamed Hassan Bensalah se hisse à la 75e place du classement. Son récent accord pour reprendre le contrôle de BMCI auprès de BNP Paribas illustre une stratégie offensive visant à renforcer son poids dans la finance nationale tout en consolidant son ancrage en Afrique de l’Ouest. Présent au Sénégal, au Bénin et en Côte d’Ivoire, Holmarcom s’impose progressivement comme l’un des acteurs marocains les plus ambitieux sur le continent.
Le secteur immobilier n’est pas en reste. Addoha, piloté par Anas Sefrioui, occupe la 83e place. Avec une fortune estimée à 1,3 milliard de dollars, Sefrioui reste l’une des figures majeures du capitalisme marocain. Son groupe poursuit son expansion avec plus de 26 000 logements en cours de réalisation, dont une part croissante en Afrique subsaharienne.
Diana Holding, dirigé par Rita Maria Zniber, se classe 84e. Le géant agricole contrôle plus de 8 300 hectares de terres cultivées et emploie plusieurs milliers de personnes à travers un réseau de plus de trente filiales.
Quant à YNNA Holding, héritier de l’empire bâti par feu Miloud Chaabi, il ferme la marche à la 85e position, confirmant la résilience d’un groupe historique qui continue de peser lourd dans la distribution et l’industrie.
Au-delà des performances individuelles, c’est le signal envoyé par l’ensemble du classement qui retient l’attention. En un an, le nombre d’entreprises marocaines présentes dans le palmarès Forbes est passé de trois à cinq. Une progression qui témoigne d’un changement d’échelle des groupes familiaux nationaux.
Longtemps considéré comme une économie régionale de second rang face aux géants africains, le Maroc affiche désormais une autre réalité, celle d’un pays capable de produire des milliardaires, de bâtir des champions continentaux et d’exporter son capital à travers l’Afrique. Si l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria conservent encore leur avance en volume de fortunes, le Royaume réduit progressivement l’écart grâce à des groupes familiaux de plus en plus puissants, internationalisés et offensifs.
Le classement Forbes 2026 confirme ainsi une tendance lourde. La richesse marocaine ne se contente plus de prospérer à l’intérieur des frontières du Royaume. Elle s’exporte, investit, rachète et s’impose désormais comme l’un des nouveaux pôles de puissance économique du continent africain.