Le feuilleton touche à sa fin. Près de trois semaines après les premières révélations sur la démission de Walid Regragui, la Fédération royale marocaine de football (FRMF) a finalement acté le départ de son sélectionneur et trouvé son successeur. Une transition majeure pour les Lions de l’Atlas, mais une séquence une nouvelle fois marquée par une communication hésitante.
Le 6 février dernier, plusieurs médias annonçaient que Regragui avait présenté sa démission quelques jours après la défaite en finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 face à l’Équipe du Sénégal de football. Dans la foulée, la FRMF publiait un communiqué démentant « catégoriquement » ces informations. Une méthode déjà observée lors des départs de Vahid Halilhodzic en 2022 ou d’Herve Renard auparavant : démentir d’abord, temporiser ensuite, trancher enfin.
Pourtant, en coulisses, la décision semblait prise. Épuisé par trois années d’une intensité rare, demi-finale historique de la Coupe du monde de football 2022, élimination décevante à la CAN 2023, puis finale rocambolesque de la CAN 2025, le technicien de 50 ans estimait avoir bouclé son cycle. La panenka manquée de Brahim Diaz dans le temps additionnel de la finale restera comme la dernière image forte de son mandat. Regragui quitte le banc avec le meilleur bilan statistique de l’histoire de la sélection marocaine et la conviction d’avoir mené le groupe à son apogée.
La FRMF, présidée par Fouzi Lekjaa, a pris le temps d’identifier un successeur avant d’officialiser le départ. Plusieurs pistes ont été explorées. Les noms de Tarik Sektioui, champion d’Afrique au CHAN et médaillé olympique, ou de Jamal Sellami, actuel sélectionneur de la Jordanie, ont circulé. Du côté espagnol, Xabi Alonso et Xavi ont également été évoqués, sans qu’aucune piste étrangère ne se concrétise.
Finalement, la Fédération a opté pour un choix interne et audacieux : Mohamed Ouahbi. Un profil qui surprend au regard de son parcours exclusivement axé sur la formation. Né à Schaerbeek, le technicien belgo-marocain a passé 17 ans au centre de formation du RSC Anderlecht, où il a accompagné des générations de talents, dont Youri Tielemans et Adnan Januzaj.
Rappelé par la FRMF en mars 2022 pour diriger les U20, Ouahbi a transformé cette génération : finaliste de la CAN U20 en Égypte, puis surtout champion du monde U20 en octobre 2025 au Chili, premier titre mondial de l’histoire du Maroc toutes catégories confondues, décroché face à l’Argentine (2-0). Dans la foulée, il avait été nommé à la tête de la sélection olympique en vue des Jeux de Los Angeles 2028.
À quatre mois de la Coupe du monde de football 2026, c’est désormais à lui qu’incombe la lourde tâche de maintenir la cohésion d’un vestiaire riche en cadres et en binationaux. Sans expérience sur le banc d’une équipe professionnelle senior, il devra rapidement convaincre. Son premier test interviendra lors de deux matchs amicaux face à l’Équateur et au Paraguay.
Le Maroc ouvre ainsi un nouveau cycle. Après l’ère Regragui, marquée par une épopée mondiale inédite et une exigence accrue, la FRMF parie sur la continuité générationnelle et la qualité de formation plutôt que sur une star internationale. Un choix stratégique qui engage l’avenir immédiat des Lions de l’Atlas et qui, au-delà du terrain, pose une question centrale : celle de la gouvernance et de la communication d’une institution appelée à gérer les grandes transitions avec davantage de clarté.