Mais de qui se moque-t-on au Maroc ? Après plusieurs mois de tergiversation, la Chambre des représentants s’achemine à mettre en place une commission d’enquête parlementaire sur les importations de bétail et de viandes rouges au Maroc après que deux composantes de la majorité, le PAM et l’Istiqlal, ont décidé d’appuyer la demande des partis de l’opposition.
Dans l’absolu, c’est une excellente initiative, mais très tardive et qui ne risque de déboucher sur rien de concret pour plusieurs raisons. D’abord à cause du facteur temps. La session parlementaire du printemps est clôturée en principe fin juillet. Ce qui fait qu’il reste aux parlementaires près d’un mois pour mettre en place cette commission d’enquête, auditionner des dizaines de personnes, préparer ses rapports, les adopter et publier sa version finale. Impossible ! Au jour d’aujourd’hui, les cinq partis derrière cette initiative n’ont pas encore eu l’aval du gouvernement. Par la suite, la présidence de la commission suscite déjà des dissensions entre eux. Par la suite, il faudra constituer le bureau de la commission et arrêter un plan de travail.
Tout cela prend beaucoup de temps. Certaines parties affirment que c’est faisable à la faveur d’une session parlementaire extraordinaire. Là aussi, c’est quasiment impossible puisqu’il s’agit de la fin de toute la législature et que les partis sont tous pris par la préparation du scrutin législatif du 23 septembre prochain. Et même avec une session extraordinaire, une telle commission ne pourrait pas achever sa mission.
A titre d’illustration, la commission d’enquête parlementaire sur le Crédit Immobilier et Hôtelier (CIH), l’une des six dans l’histoire du Maroc, a pris six mois pour livrer son rapport. Elle a travaillé de juillet 2000 à janvier 2001, auditionné 120 personnes et épluché pas moins de 4.298 documents.
Ceux qui appellent à une telle commission sur l’importation de bétail pourraient-ils s’acquitter de leur mission en près de deux mois ? Pas évident du tout.
Ce n’est pas par sympathie pour le Rassemblement national des indépendants (RNI) qui s’oppose à cette commission d’enquête, mais quand ce parti crie à l’exploitation politicienne de ce dossier, on a tendance à lui donner raison à moins de trois mois des élections.