C’est un coup d’arrêt brutal, et surtout un signal politique lourd de sens. Selon le site Goud.ma, la suspension soudaine de l’appel d’offres pour le premier terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) du Maroc, porté par le ministère de la Transition énergétique, n’est pas un simple « report technique ». Elle s’apparente plutôt à un tacle frontal venu des Finances, qui rebat les cartes d’un projet pourtant qualifié de « hautement stratégique » pour le Royaume.
Lancé début décembre, l’appel d’offres visait la construction d’un terminal GNL au port de Nador West Med, à quelques dizaines de kilomètres de Melilla, ainsi qu’un réseau de gazoducs reliant cette infrastructure au gazoduc Maghreb-Europe (GME) et aux zones industrielles de Kénitra et Mohammedia. Objectif affiché : sécuriser l’approvisionnement gazier du pays via l’Espagne, alimenter les centrales électriques et accompagner la montée en puissance du gaz naturel dans le mix énergétique national.
Mais à peine un mois plus tard, patatras. Dans un communiqué laconique, le ministère de la Transition énergétique annonce la suspension des appels d’offres, évoquant de vagues « nouveaux paramètres et hypothèses », sans la moindre explication chiffrée ou stratégique. Une justification qui peine à convaincre, tant le projet s’inscrivait au cœur de la feuille de route énergétique du Maroc.
Selon Goud.ma, la véritable raison serait ailleurs : un véto venu du ministère des Finances, peu convaincu par le montage financier, les engagements budgétaires et les risques associés à un projet d’une telle ampleur. En clair, la ministre des Finances aurait repris la main, rappelant que les grands choix énergétiques ne peuvent se faire sans l’aval du Trésor… ni sans arbitrages rigoureux sur les coûts, la rentabilité et les priorités nationales.
Ce bras de fer interministériel révèle en filigrane les tensions au sommet de l’exécutif autour de la stratégie énergétique du pays. D’un côté, la Transition énergétique pousse pour accélérer le recours au gaz afin de réduire la dépendance au charbon et accompagner la transition vers les renouvelables. De l’autre, les Finances freinent, exigeant des garanties solides dans un contexte de pression budgétaire et d’investissements publics tous azimuts.
L’enjeu est pourtant majeur. La demande nationale de gaz naturel devrait bondir pour atteindre 8 milliards de m³ d’ici 2027, contre à peine 1 milliard actuellement. Et le Maroc s’est engagé à porter la part des énergies renouvelables à 52 % de sa capacité installée d’ici 2030. Autant dire que le gaz est appelé à jouer un rôle clé de combustible de transition.
En suspendant cet appel d’offres emblématique, la ministre des Finances envoie un message clair : la stratégie énergétique ne se décrète pas, elle se finance. Reste à savoir si ce coup de frein marque une simple pause tactique… ou le début d’une remise à plat beaucoup plus profonde d’un projet présenté, hier encore, comme incontournable.