Un pas diplomatique discret mais lourd d’enjeux. Après des années d’impasse, le Maroc et le Front Polisario ont accepté une feuille de route procédurale proposée par les États-Unis en vue d’un accord-cadre politique sur l’avenir du Sahara occidental. Cette dynamique, enclenchée lors de discussions tenues à Madrid dans le plus grand secret, devrait culminer en mai prochain à Washington, où les parties sont appelées à tenter de sceller un compromis historique.
Révélées lundi par la mission américaine auprès des Nations unies, ces discussions multilatérales ont réuni, sous coordination américaine et onusienne, le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. Il s’agit du premier cycle de négociations directes depuis 2019 sur un conflit qui dure depuis près d’un demi-siècle et qui a longtemps paralysé toute initiative politique.
La réunion s’est tenue à l’ambassade des États-Unis à Madrid, à huis clos et sans participation officielle de l’Espagne, cantonnée à un rôle de facilitateur. Elle a été pilotée par Massad Boulos, envoyé spécial du président américain pour l’Afrique et le monde arabe, et Michael Waltz, représentant des États-Unis à l’ONU, en présence de Staffan de Mistura, envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental. Washington a imposé une confidentialité absolue, condition jugée indispensable pour maintenir le dialogue.
Si cette première séquence madrilène n’a débouché sur aucun accord formel, elle a permis d’arracher l’essentiel : l’adhésion du Maroc et du Front Polisario à une feuille de route américaine ouvrant la voie à la signature d’un accord-cadre en mai à Washington. Face à l’absence de résultats immédiats, les États-Unis ont d’ailleurs prolongé les discussions d’une journée supplémentaire, accentuant la pression diplomatique sur les parties.
Sur le fond, les lignes de fracture demeurent. Rabat défend un statut d’autonomie élargie sous sa souveraineté pour ce territoire qu’il contrôle depuis cinquante ans, et sur lequel il a récemment élaboré un nouveau projet d’autonomie, plus ambitieux que celui présenté en 2007. Le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, continue de revendiquer un référendum d’autodétermination incluant l’option de l’indépendance. La Mauritanie, acteur périphérique mais constant, participe également aux discussions.
Cette relance du dialogue s’inscrit dans le sillage de la résolution 2797 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée à l’unanimité le 31 octobre dernier, qui qualifie l’autonomie de « solution la plus réaliste et réalisable ». Fin janvier, l’Union européenne a, à son tour, appuyé le plan marocain comme base d’une solution « juste, durable et mutuellement acceptable ».
À Rabat comme à Alger, le silence officiel reste total. Une discrétion assumée, selon les analystes, pour éviter les pressions internes et préserver les équilibres régionaux.
À quelques mois de l’échéance de Washington, la diplomatie américaine tente ainsi de transformer une reprise de contact fragile en véritable processus politique. Si les divergences restent profondes, l’acceptation d’une feuille de route commune marque un tournant rare dans un conflit figé depuis des décennies. Reste à savoir si, en mai, la volonté politique suivra enfin la dynamique diplomatique.