Cinquante ans après le début du conflit du Sahara occidental, les États-Unis tentent de provoquer un tournant diplomatique. Ce dimanche, Madrid accueille une réunion hautement sensible entre le Maroc et le Front Polisario, sous l’égide de Washington, avec la participation de l’Algérie et de la Mauritanie. Un format inédit, discret et symbolique, organisé à l’ambassade américaine dans la capitale de l’ancienne puissance coloniale.
Selon des sources concordantes, la rencontre a été convoquée par les émissaires du président américain Donald Trump, dans le sillage de la résolution adoptée fin octobre par le Conseil de sécurité de l’ONU. Ce texte consacre le plan d’autonomie marocain comme l’option « la plus réaliste » pour une solution politique durable, tout en rappelant le principe d’autodétermination, que continue de revendiquer le Front Polisario.
Madrid n’a pas été choisie au hasard. Si le ministère espagnol des Affaires étrangères assure ne pas avoir été associé à l’organisation de la réunion, l’agenda de son chef de la diplomatie, José Manuel Albares, témoigne d’une intense activité en coulisses. Samedi, il a reçu séparément ses homologues algérien et mauritanien, Ahmed Attaf et Mohamed Salem Ould Merzouk, avant de prévoir, dans les prochains jours, des rencontres avec le ministre marocain Nasser Bourita, l’envoyé personnel de l’ONU Staffan de Mistura et le représentant américain aux Nations unies, Michael Waltz. Tous sont impliqués dans le processus de négociation parrainé par Washington.
Jamais depuis la Marche verte de 1975 un cadre de dialogue aussi large n’avait été mis en place. Après les cycles de discussions de Manhasset (2007-2008) et de Genève (2018-2019), ce format quadripartite, sous supervision américaine et onusienne, marque une nouvelle tentative de sortie de crise, dans un contexte de pressions diplomatiques accrues des États-Unis sur les conflits gelés.
Sur la table : une version profondément remaniée du plan d’autonomie présenté par le Maroc en 2007. Rabat a annoncé, en novembre dernier, une mise à jour substantielle de ce texte, désormais dix fois plus long, visant à proposer une « autonomie véritable ». Inspiré de modèles européens, des territoires d’outre-mer français aux autonomies écossaise et nord-irlandaise, en passant par les communautés autonomes espagnoles, ce nouveau projet élargirait considérablement les compétences locales. Il prévoit notamment sa soumission à référendum auprès des populations du Sahara occidental et son intégration dans la Constitution marocaine par voie d’amendement.
Le ministre marocain des Affaires étrangères affirme que cette voie constitue une forme d’exercice du droit à l’autodétermination. Une lecture contestée par le Front Polisario, dont le secrétaire général, Brahim Ghali, a réaffirmé depuis l’Algérie que « le peuple sahraoui doit avoir le dernier mot » sur son avenir, tout en se disant disposé à coopérer avec les efforts internationaux.
La dynamique diplomatique semble toutefois évoluer. La semaine dernière, l’Union européenne a officiellement apporté son soutien au plan d’autonomie marocain comme base d’une solution « juste, durable et mutuellement acceptable », lors d’une réunion à Bruxelles en présence de Nasser Bourita et de ses homologues européens.
Reste à savoir si cette nouvelle séquence, portée par Washington et ancrée à Madrid, parviendra à fissurer un statu quo vieux d’un demi-siècle. Entre volonté de compromis affichée, lignes rouges persistantes et équilibres régionaux fragiles, le dossier du Sahara occidental entre dans une phase décisive, sous haute surveillance internationale.