C’est une annonce qui a pris de court la classe politique marocaine. Dimanche 11 janvier 2026, Aziz Akhannouch, chef du gouvernement et président du Rassemblement national des indépendants (RNI), a officialisé sa décision de ne pas briguer un troisième mandat à la tête du parti. Il cédera le flambeau le 7 février prochain à El Jadida, à l’issue d’un congrès national extraordinaire convoqué dans l’urgence.
Officiellement, Aziz Akhannouch invoque le respect de la démocratie interne et de l’alternance au sein du parti. Officieusement, cette décision soulève une pluie de questions, tant le timing et la méthode intriguent.
Un revirement aussi soudain qu’inexpliqué
La surprise est d’autant plus grande que la veille encore, samedi 10 janvier, rien ne laissait présager un tel scénario. Le Conseil national du RNI, véritable parlement du parti, s’était réuni en session ordinaire. Mieux : à la demande même d’Aziz Akhannouch, l’option d’une prolongation de deux ans du mandat des instances dirigeantes avait été évoquée, conformément aux statuts. Dans cette configuration, un congrès n’aurait dû se tenir qu’après les législatives de septembre 2026.
Moins de vingt-quatre heures plus tard, changement de cap brutal. La direction du RNI se réunit en urgence et tranche : congrès extraordinaire dans moins d’un mois, avec un seul point à l’ordre du jour — désigner un successeur à Aziz Akhannouch.
Que s’est-il passé entre-temps ? Pressions ? Message venu « d’en haut » ? Volonté de reprendre la main avant une année électorale à haut risque ? Les interrogations fusent.
Le RNI, un parti coutumier des transitions sous tension
Dans les cercles politiques, certains rappellent que le RNI n’en est pas à sa première transition sous haute tension. En janvier 2010, Mostafa Mansouri avait été écarté de la présidence du parti à l’issue d’un putsch interne savamment orchestré par Salaheddine Mezouar. Ce dernier, après un long parcours ministériel, quittera la scène politique en 2019, dans des conditions tout aussi abruptes, suite à sa démission de la CGEM après un rappel à l’ordre public de la diplomatie marocaine.
Aziz Akhannouch lui-même connaît les arcanes de ces recompositions. Ancien cadre du Mouvement populaire (MP), il avait rejoint le RNI au moment de la formation du premier gouvernement Benkirane, quittant le MP, alors passé dans l’opposition, pour conserver le stratégique portefeuille de l’Agriculture. Une transition annoncée à l’époque par une dépêche officielle de la MAP, signe que, au RNI, rien n’est jamais totalement improvisé.
Nadia Fettah, l’option la plus crédible ?
Reste désormais la question centrale : qui pour succéder à Aziz Akhannouch ? À l’approche d’une année électorale décisive, le RNI ambitionne de rester aux commandes et de piloter ce que certains appellent déjà le « gouvernement du Mondial ».
En interne, les options sont limitées. La vieille garde peine à convaincre, tandis que les jeunes cadres manquent encore d’envergure pour endosser un leadership national. Selon plusieurs sources concordantes, Nadia Fettah, actuelle ministre de l’Économie et des Finances, tiendrait la corde. Une éventuelle première pour le RNI et un signal politique fort avec une femme à la tête du parti.
À moins qu’un scénario bien connu ne se répète : l’émergence d’un profil externe, adoubé en haut lieu et propulsé au sommet du parti en un temps record, comme le RNI en a déjà le secret.
Un départ qui affaiblit le chef du gouvernement ?
Une chose est sûre : à partir du 7 février, Aziz Akhannouch, privé de la présidence du parti, ne disposera plus de la même marge de manœuvre à la tête du gouvernement. Dans une coalition traversée par des rivalités et des ambitions de plus en plus visibles, sa position pourrait se fragiliser à mesure que l’échéance électorale se rapproche.
Au RNI comme ailleurs, la succession d’Aziz Akhannouch ne se résume donc pas à un simple passage de témoin. Elle marque peut-être le début d’une nouvelle phase de recomposition politique, dont les effets dépasseront largement les murs du parti.