Malgré les critiques sur la flambée des prix, le surbooking chronique et une affluence parfois jugée excessive, Marrakech confirme, hiver après hiver, son statut de destination étrangère favorite des Français hors Europe. C’est le constat dressé par Le Figaro, qui s’interroge : comment la ville Rouge parvient-elle à maintenir une telle prééminence alors que le prix de l’expresso y rivalise avec celui de Paris et que certaines adresses emblématiques affichent complet des semaines à l’avance ?
Les données sont sans appel. Boostée par l’effet Coupe d’Afrique des Nations et par une dynamique touristique structurelle, Marrakech a enregistré plus de 12,4 millions de nuitées sur les onze premiers mois de 2025, en hausse de 3%. Les maisons d’hôtes affichent des taux d’occupation dépassant les 80%, et les hôtels confirment une forte demande, y compris pendant le mois de ramadan, dont l’impact sur les réservations s’est nettement atténué ces dernières années.
Le marché français, à lui seul, représente environ un tiers de la fréquentation de la ville. Selon le moteur de recherche Liligo, Marrakech arrive encore en tête des destinations réservées pour les vacances d’hiver sur le marché tricolore. Un leadership qui ne se dément pas.
La clé du succès tient en partie à l’accessibilité. L’amélioration continue de la connectivité aérienne renforce la centralité de Marrakech dans l’offre touristique marocaine. Des compagnies comme Transavia assurent jusqu’à 61 vols hebdomadaires cet hiver vers la ville Rouge depuis la France, représentant plus de 44% de leurs dessertes marocaines. Paris-Orly, mais aussi Biarritz ou Deauville : la multiplication des points de départ élargit le bassin d’émission.
Le prix moyen du billet aller-retour s’établit autour de 173 euros cet hiver, en recul de 18% par rapport à l’année précédente. Un tarif qui maintient la destination dans une zone psychologique d’accessibilité, malgré la perception d’un renchérissement sur place.
Pourtant, Marrakech semble rattrapée par sa propre réussite. Files d’attente au jardin Majorelle, circulation saturée dans la médina, hausse du ticket moyen dans les restaurants et bars, pression sur l’authenticité… Les critiques existent. Certains visiteurs dénoncent une ville « trop festive, trop bruyante, trop de tout ».
Mais la comparaison a ses limites. « On est loin de Venise », tempèrent les professionnels du secteur, qui soulignent l’amélioration des infrastructures et la diversité de l’offre. Contrairement à d’autres destinations saturées, Marrakech conserve une capacité d’absorption importante, grâce à une hôtellerie variée, allant du riad intimiste au resort haut de gamme.
Alors que Tanger, Fès, Rabat ou Ouarzazate affichent des croissances à deux chiffres, aucune ne rivalise encore avec la capacité de Marrakech à cocher toutes les cases : climat doux en hiver, dépaysement culturel immédiat, francophonie, offre gastronomique, artisanat, événements artistiques, vie nocturne, et proximité exceptionnelle avec l’Atlas et l’océan.
À 45 minutes des montagnes enneigées, à 1h30 de l’Atlantique, la ville propose une pluralité d’expériences difficilement égalable. Wellness, shopping, festivals, expositions, gastronomie, escapades nature : Marrakech fonctionne comme une plateforme d’expériences modulable selon les profils et les budgets.
Le défi désormais n’est plus d’attirer, mais d’organiser. Les professionnels appellent à un plan d’aménagement concerté de la médina, à une meilleure gestion des flux et à une régulation du secteur informel. La question n’est pas celle du succès, mais de sa maîtrise.
Car au-delà des critiques, un fait demeure : malgré des prix parfois élevés et une forte densité touristique, les Français continuent de plébisciter Marrakech. La ville Rouge n’est plus seulement une destination soleil d’hiver ; elle est devenue une valeur refuge du voyage court-courrier, un marqueur d’art de vivre et un produit touristique mature.