Tribune. Sahara occidental…entre le jeu d’équilibriste de l’administration Biden et la poussée diplomatique marocaine

Vingt-quatre heures après son entretien téléphonique avec le ministre algérien des Affaires étrangères, le secrétaire d’Etat américain, Anthony Blinken, a eu au bout du fil également le chef de la diplomatie marocaine. Un jeu d’équilibriste que Washington pratique avec Rabat et Alger depuis toujours. Les deux communiqués publiés par le département d’Etat américain, après ces deux entretiens téléphoniques, ont éludé la question du Sahara qui empoisonne, pourtant, les relations maghrébines depuis des décennies.

Mais, peu de temps après le communiqué sur les discussions entre le responsable américain et son homologue marocain, une «fuite» du site d’information Axios est venue remuer «les sables mouvants» de l’ancienne colonie espagnole, que le Maroc a récupéré en 1975.

La fuite en question confirme qu’Anthony Blinken et Nasser Bourita ont bel et bien parlé du Sahara. Le correspondant d’Axios à Tel Aviv, Barak Ravid rapporte que Blinken a informé Bourita de la décision du président Joe Biden, de ne pas revenir sur la proclamation présidentielle de Donald Trump, reconnaissant la souveraineté du Maroc sur le Sahara. D’après Axios, Blinken aurait précisé : «du moins pour le moment».

Il serait donc permis de penser que l’administration Biden a fini par céder à des pressions combinées : marocaines et israéliennes. D’ailleurs, les Israéliens craignaient les répercussions négatives d’un revirement américain sur la reprise formelle de leurs relations avec le Maroc. Cependant du côté de Rabat, on estime qu’il est encore tôt pour crier victoire, même si la fuite d’Axios vient consolider la position du Maroc dans un conflit, qui hypothèque l’avenir du Grand Maghreb depuis presqu’un demi-siècle.

Les Marocains demeurent donc prudents, d’autant plus qu’ils subissent – avec les algériens et les responsables du Polisario – d’énormes pressions américaines pour accepter un nouvel envoyé personnel de l’ONU au Sahara. Ce poste demeure vacant depuis la démission de l’allemand Horst Kohler en 2019. Entre-temps, toutes les personnalités proposées par Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies, ont été rejeté par l’une ou l’autre partie.

Cependant et comme par hasard, un nom «consensuel» est cité avec insistance ces derniers jours. Il s’agit de Staffan de Mistura. Agé de 74 ans, le diplomate italo-suédois serait prêt à prendre la relève de Kholer. Plus important encore, les parties concernées ne seraient pas contre sa nomination comme «envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies au Sahara Occidental».

Si cette nomination est confirmée, de Mistura aura pour objectif de réunir toutes les parties au conflit autour de la même table, afin de parvenir à «une solution politique et mutuellement acceptable», selon la terminologie des résolutions du conseil de sécurité de l’ONU. D’après Axios, cet objectif a été au centre de plusieurs réunions tenues, récemment, par les officiels américains de la maison blanche et du département d’Etat.

Le site, basé à Washington, précise que l’administration de Joe Biden a pris «la décision de ne pas revenir sur la proclamation de Trump, et de travailler avec les Marocains pour désigner un nouvel envoyé de l’ONU au Sahara Occidental, dans le but de reprendre les pourparlers sur une autonomie possible dans le territoire, peu peuplé» !

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