Analyse. Comment l’Iran met le Moyen-Orient en coupe regelée

Le constat donne des frissons dans le dos des dirigeants occidentaux. En seulement quelques années, la république des Mollahs est passée du statut d’Etat-paria à celui d’une superpuissance régionale qui contrôle quatre capitales arabes. Après Beyrouth où le Hezbollah, appendice militaro-idéologique de Téhéran, tient toute la classe politique en joue, Bagdad est passée à son tour dans le giron des gardiens de la révolution qui y ont installé le général-major Qassem Soleimani en « véritable proconsul » intouchable. Damas, jadis alliée indéfectible de Téhéran, a perdu ce statut privilégié et a été rétrogradée en un simple protectorat chiite.

Aujourd’hui, l’Iran a poussé son avantage jusqu’à s’installer aux frontières sud de l’Arabie Saoudite. En soutenant la guérilla des houthis-une minorité tribale chiite- contre le pouvoir officiellement reconnu à Sanaa, les Iraniens ont jeté le Yémen dans une guerre civile sanglante qui n’en finit pas de faire des ravages sans précédents. Les armes et le savoir-faire militaire apportés par Téhéran aux milices d’Abdelmalik Houthi ont bloqué toute solution politique du conflit. Selon les Nation-Unies et plusieurs ONG internationales, le Yémen est dévasté et fait face à la plus grande crise humanitaire dans le monde : 21 millions de yéménites ont été déplacés à l’intérieur du pays, 14 millions de personnes souffrent de famine et quelques 10 mille cas de choléra sont signalés chaque semaine. Pire encore, d’après l’organisme de bienfaisance britannique Save The Children, 70 enfants de moins de cinq ans sont décédés chaque jour depuis 2015.   

Mais un changement s’est produit ces dernières semaines. Sous les coups de boutoir de la coalition arabe qui ont mis en difficulté les rebelles houthis dans le port d’Al Hodeidah, principale ligne de vie avec l’Iran, ces derniers ont accepté de répondre favorablement à l’invitation de l’envoyé de l’ONU au Yémen, le britannique Martin Griffiths. Lors de pourparlers à Stockholm, ils ont accepté une trêve de combats dans d’Al Hodeidah avec un calendrier de retrait des combattants. Le port stratégique étant crucial pour l’acheminement de l’aide humanitaire.

Cette trêve va-t-elle tenir longtemps ? L’Iran acceptera-t-il de relâcher sa prise sur le Yémen et ses menaces contre la péninsule arabique ? Selon les observateurs, tout dépendra de la pression qu’exerceront les Etats-Unis et l’Union Européenne sur Téhéran. Une limitation de l’hégémonie iranienne sur la région permettra à Washington de nouer des relations pérennes avec les Etats sunnites de la région et de se consacrer à la lutte contre le terrorisme islamiste.          

Yemeni supporters of the Shiite Huthi militia attend a demonstration in the second largest city of Taiz on April 1, 2015, to protest against the Saudi-led coalition’s Operation Decisive Storm against the Huthi rebels in Yemen. AFP PHOTO / ABDEL RAHMAN ABDALLAH / AFP PHOTO

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