Mohamed Mediène à Abdelaziz Bouteflika : c’est moi le « Boss »

Qu’est-ce qui se cache derrière la médiatisation à outrance, depuis des mois, de Mohamed Médiène dit «Tewfic», l’implacable et très discret patron du DRS (services de renseignements algériens) ?


L’homme au cigare, peu connu des médias et dont il n’existe qu’une seule photo en noir et blanc, multiplie les sorties informelles et les visites non programmées. Revenu requinqué d’un check-up médical qu’il a effectué aux Etats-Unis il y a quelques mois, le véritable homme fort de l’Algérie a décidé d’en découdre avec le président Bouteflika. En effet, les deux hommes qui se sont partagé le pouvoir ces dix dernières années ne se sentent plus. S’il n’a pas été l’artisan du retour de Bouteflika au pouvoir, œuvre du « cardinal » Larbi Belkheir et de Mohamed Lammari, il n’avait opposé à l’époque aucune résistance. Au contraire, la carte d’un président civil, qui plus est talentueux et bon tribun, éloignait le spectre du tribunal pénal international pour des généraux empêtrés dans les massacres des années quatre-vingt-dix. Abdelaziz Bouteflika, à la fois politicien roué et doué, sut tirer tout le bénéfice de cette situation. Il écarte peu à peu les généraux influents que sont Mohamed Touati, Mohamed Lammari, Khaled Nezzar et enfin Larbi Belkheir. Quant au général Smaïn Lammari, il décédera subitement d’une crise cardiaque. Le général major Mohamed Médiène reste tapi dans l’ombre, regardant ses collègues tomber les uns après les autres. Au général Larbi Belkheir qui vient le voir pour lui demander d’intervenir afin que Bouteflika ne le nomme pas ambassadeur à Rabat -un exil doré selon son expression – il répond que Bouteflika est gravement malade et qu’il n’en a plus pour longtemps. Finalement, c’est Belkheir qui disparaît-des suites d’une maladie orpheline- et le président rempile pour un troisième mandat à la tête de la république. Mais cette fois-ci, le patron du DRS se rebiffe. Il est contre la réforme de la constitution. Bouteflika s’entête et passe en force. Il pousse l’indélicatesse jusqu’à menacer Médiène par des mots à peine voilés. A Alger, les rumeurs d’un énième coup d’Etat circulent avec insistance. Saïd Bouteflika est désigné successeur putatif de son frère malade. Le DRS laisse faire. La contre-attaque ne sera pas politique. Elle ne sera pas militaire non plus. Puisque le peuple d’Algérie reproche aux généraux leur affairisme et leur corruption, il fallait marquer le pouvoir de Bouteflika du même sceau de l’infamie. Le scandale de la Sonatrach éclate brusquement, emportant un allié proche de Saïd Bouteflika. Chakib Khélil, ancien du groupe d’Oujda, est contraint de s’exiler à Paris. Abdelhamid Temmar rétrograde au gouvernement à un poste de « réflexion ». Yazid Zerhouni, cerveau sécuritaire du clan Bouteflika, est promu vice-premier ministre « sans portefeuille ». L’effeuillage continue. A la tête de la Sonatrach, c’est un « gars » du DRS qui prend les commandes. De même à la direction de la police, le candidat de Bouteflika est retoqué et celui du DRS est nommé. Le général Mohamed Médiène n’a plus envie d’avancer masqué. Les contacts avec la France c’est lui. Le contrôle du Sahel, c’est encore lui. Les nominations passent toutes par son bureau. S’il n’est pas le prochain président de l’Algérie, il en sera certainement le faiseur de roi. Bas les masques.

 

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