Tunisie : En prenant de court Ghannouchi et Mechichi, le président Kaïs Saïed tenté par une solution à l’égyptienne ?

Très inspiré depuis son dernier voyage en Égypte et sa nouvelle idylle avec Abdelfattah Al Sissi, le président de la République, Kaïs Saïed s’est offert une nouvelle démonstration de force sur un ton martial devant ses ennemis de toujours : le chef du gouvernement Hichem Mechichi et le titulaire du perchoir et président du mouvement islamiste Ennahda, Rached Ghannouchi.

Je suis le commandant suprême de toutes les forces armées

À l’occasion de la commémoration du 65ème anniversaire de la fête des forces de sécurité intérieure, dimanche, Kaïs Saïed a tenu à rappeler être le commandant suprême de toutes les forces armées et non seulement des forces militaires avec une présentation des textes de loi. Alors que la Constitution de 2014 ne le précise pas, le pensionnaire de Carthage a fait recours à la Constitution de 1959 pour affirmer avec fermeté son autorité et sa suprématie absolue.

Kaïs Saïed rejette toute limitation de ses prérogatives aux forces militaires et réitère son droit de désigner ou encore de limoger les hauts cadres des forces armées, après consultation de la Kasbah. Il profite pour blâmer certains députés, protégés par l’immunité parlementaire pour diffamer en référence aux élus islamo-fascistes de la Coalition Al Karama, très proches du mouvement Ennahda et le chef du gouvernement Hichem Mechichi, avec qui il est en guerre.

Un perpétuel refrain ou une dernière mise au point avant de passer à l’action ?

Habitué aux diatribes contre les ennemis fantômes, Kaïs Saïed insinue la présence d’un appareil sécuritaire parallèle et conteste la politique deux poids, deux mesures de la justice tunisienne. Cette sortie sous-entend un affrontement frontal avec les islamistes – au pouvoir depuis 2011 – et leur entourage, dont Rafik Abdessalem, ancien chef de la diplomatie et gendre de Ghannouchi. Toutefois, ses détracteurs l’accusent de mégalomanie et lui reprochent un plaisir à s’entendre parler.

Certes, le chef de l’État bénéficie d’un soutien international et d’une popularité locale écrasante, mais selon les bruits de couloir en provenance de Carthage, aucun plan d’action n’est sur la table pour resserrer l’étau autour des islamistes et des corrompus opportunistes au sommet de l’État. Ainsi, ces fuites confirment la tendance : un discours déjà vu et déjà entendu sans suite notable. Pendant ce temps, le pays coule et l’amateurisme politique ruine tout espoir de lendemains meilleurs.

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