Et si le futur électrique de l’Allemagne passait par le Maroc ? Longtemps cantonné au stade de vision ambitieuse, le mégaprojet « Sila Atlantik » franchit un cap décisif. Berlin affiche désormais un soutien politique clair à ce chantier titanesque : un câble sous-marin de près de 5 000 kilomètres destiné à acheminer l’électricité verte marocaine jusqu’au cœur du réseau allemand.
Selon le Handelsblatt, le ministère fédéral allemand de l’Économie et de l’Énergie, dirigé par Katherina Reiche (CDU), mène actuellement un lobbying actif auprès des autorités marocaines pour faire avancer le projet. Dans une lettre adressée au ministre marocain de l’Investissement, Karim Zidane, le secrétaire d’État à l’Économie Frank Wetzel salue les « ambitions et le potentiel » de Sila Atlantik et rappelle la solidité du partenariat énergétique germano-marocain, en vigueur depuis 2012.
Le concept est à la mesure des défis énergétiques européens. Sila Atlantik prévoit l’installation au Maroc de 15 gigawatts de capacités éoliennes et solaires, capables de produire jusqu’à 26 térawattheures par an. À terme, cette énergie représenterait près de 5 % de la consommation électrique totale de l’Allemagne, un apport de taille pour un pays régulièrement confronté aux aléas de la production renouvelable.
Preuve que le projet dépasse le stade du simple concept politique, la Deutsche Bahn s’est déjà positionnée comme l’un des premiers clients potentiels majeurs. Premier consommateur d’électricité du pays, l’opérateur ferroviaire allemand tire aujourd’hui 70 % de son électricité de sources renouvelables et vise le 100 % vert d’ici 2038. Dans une lettre citée par le Handelsblatt, sa filiale DB Energie GmbH juge que de « grandes quantités d’énergie solaire et éolienne en provenance du Maroc » constitueraient une option d’approvisionnement particulièrement attractive.
L’enthousiasme n’efface toutefois pas les obstacles. Le projet nécessiterait 30 à 40 milliards d’euros d’investissements, selon Life Verde, et l’accord de plusieurs États côtiers européens, le câble traversant les eaux du Portugal, de la France, de la Belgique et des Pays-Bas. Les tensions sur l’approvisionnement en câbles sous-marins et en éoliennes constituent un autre défi majeur.
Pour y répondre, les porteurs de Sila Atlantik envisagent des solutions industrielles inédites, notamment la construction d’usines de fabrication au Maroc. Côté allemand, Dudenhausen plaide aussi pour une usine de câbles en Allemagne, voyant dans ce projet un levier de réindustrialisation verte et de création de valeur locale.
Classé « très intéressant » par le précédent gouvernement allemand, Sila Atlantik s’impose aujourd’hui comme un projet stratégique à l’intersection de la transition énergétique, de la souveraineté industrielle et de la coopération euro-africaine.