C’est plus qu’un simple changement d’enseigne. À Casablanca, le mythique Washington Hotel s’apprête à disparaître pour renaître sous une nouvelle bannière : LEVA Hotel. Une transition symbolique, mais surtout stratégique, qui illustre à la fois la transformation du paysage hôtelier marocain et l’appétit croissant des groupes internationaux pour le marché nord-africain.
Inauguré en 1953, cet établissement emblématique du quartier Mers Sultan fait partie de la mémoire urbaine casablancaise. Architecture moderniste, bar panoramique surplombant la ville, position charnière entre médina historique et centre d’affaires : le Washington incarnait une certaine idée du Casablanca d’hier. À partir du 1er juin 2026, il entrera dans une nouvelle ère sous le nom de LEVA Casablanca.
Derrière cette mutation, un modèle bien rodé. Le groupe LEVA Hotels, en pleine expansion, mise sur une stratégie dite « asset-light » : reprendre des actifs existants, les transformer rapidement, et les repositionner sur des segments à forte valeur ajoutée. L’accord signé avec Ares Invest, via le family office d’Ismail Oukrid, s’inscrit précisément dans cette logique de conversion accélérée.
Le futur LEVA Casablanca comptera 106 chambres et restera ouvert pendant toute la durée des travaux, signe d’une volonté de rentabilisation immédiate. La rénovation promet un repositionnement clair : design contemporain, inspiration artistique locale, intégration technologique et hybridation des usages. Les espaces communs seront pensés comme des lieux de vie multifonctionnels, coworking, restauration continue, rooftop revisité, avec, à terme, une offre bien-être incluant spa et fitness.
Mais au-delà du produit, c’est le timing qui interpelle. L’arrivée de LEVA au Maroc coïncide avec une dynamique touristique sans précédent. Avec 17,4 millions de visiteurs en 2024 et un objectif affiché de 26 millions à l’horizon 2030, le Royaume attire désormais des opérateurs internationaux en quête de croissance rapide. Casablanca, longtemps en retrait face à Marrakech, revient dans le jeu, portée par sa clientèle business, sa connectivité et son repositionnement urbain.
Le futur établissement vise d’ailleurs une double cible : les visiteurs internationaux, mais aussi une clientèle locale, avec une programmation événementielle et une offre F&B destinée à ancrer l’hôtel dans l’écosystème casablancais.
Reste une question : que devient l’âme du Washington dans cette opération ? Comme souvent dans ces transformations, le risque est double : perdre l’identité historique au profit d’un produit standardisé, ou au contraire, réussir une hybridation intelligente entre héritage et modernité.