Depuis le 27 mars, un nom tourne en boucle dans les médias espagnols et marocains : Mustapha Brouzi Chairi. Présenté comme le cerveau d’un réseau international de trafic de drogue, il est même affublé d’un surnom spectaculaire : « l’ingénieur des tunnels ». Une narration séduisante, presque trop parfaite. Mais derrière ce récit clé en main, la réalité apparaît nettement plus complexe.
Selon plusieurs sources bien informées contactées par Maghreb-Intelligence, le profil de Brouzi ne correspond en rien à celui d’un architecte de réseaux criminels transnationaux. Âgé de 45 ans, ancien cadre intermédiaire de la société Amendis, licencié depuis, il serait davantage un exécutant opportuniste qu’un stratège. « Un homme à tout faire », connu dans le nord du Maroc pour accepter diverses tâches contre rémunération, souvent en difficulté financière et vivant au-dessus de ses moyens.
Autrement dit : un profil idéal pour endosser un rôle… mais pas forcément pour le diriger.
Car l’élément clé du dossier reste ailleurs : la sophistication des tunnels. Creusés sur plusieurs dizaines de mètres entre Fnideq et Sebta, ces ouvrages nécessitent des moyens techniques, logistiques et financiers considérables. Selon nos sources, leur construction aurait été pilotée côté espagnol, avec un investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros. Mieux : des experts étrangers, notamment mexicains et colombiens, profils typiquement associés aux cartels latino-américains — auraient été mobilisés.
Dans ce contexte, faire de Brouzi le « cerveau » de l’opération relève, au mieux, d’une simplification excessive ; au pire, d’un écran de fumée. Car les véritables commanditaires, les circuits financiers et les complicités logistiques restent, à ce stade, largement hors du champ médiatique.
L’enquête, elle, pointe vers l’Espagne. C’est là que se situeraient les centres de décision, les relais opérationnels et, potentiellement, certaines complicités sensibles. Douanes, forces de sécurité, réseaux locaux : autant de zones d’ombre que les investigations devront éclaircir.
Une chose est sûre : dans ce type d’affaires, les exécutants visibles masquent souvent des structures beaucoup plus profondes. Et dans le dossier des tunnels Fnideq–Sebta, Mustapha Brouzi pourrait bien n’être que la partie émergée, ou le fusible commode,— d’un système autrement plus structuré.
Reste à savoir si l’enquête ira jusqu’au bout.