Face aux turbulences qui secouent les marchés mondiaux des matières premières, le groupe OCP démontre une nouvelle fois sa capacité d’adaptation. Après avoir réduit d’environ 30 % sa production d’engrais au cours du deuxième trimestre 2025, sa filiale OCP Nutricrops s’apprête à retrouver son plein régime d’ici la fin du mois de juin, tout en accélérant une profonde réorientation de son mix industriel.
La décision de ralentir temporairement la production n’était pas liée à un essoufflement de la demande. Bien au contraire. Le leader mondial des engrais phosphatés a choisi d’anticiper certains travaux de maintenance dans un contexte marqué par une envolée des coûts du soufre, alimentée par les tensions géopolitiques dans le détroit d’Ormuz et par les restrictions imposées par la Chine sur ses exportations.
Aujourd’hui, le géant marocain repart à pleine capacité avec un objectif clair : réduire sa dépendance aux intrants les plus exposés aux chocs internationaux.
Au cœur de cette nouvelle stratégie se trouve le superphosphate triple (TSP), un engrais phosphaté dont la fabrication nécessite moins de soufre et ne requiert pas d’ammoniac, contrairement au phosphate diammonique (DAP).
Le basculement est spectaculaire. Le TSP représente désormais près de 65 % des volumes produits par OCP Nutricrops, contre environ 30 % auparavant. Une évolution qui traduit autant une réponse aux contraintes industrielles qu’une adaptation aux nouvelles attentes du marché mondial.
Cette montée en puissance du TSP intervient alors que plusieurs grandes régions agricoles privilégient des fertilisants mieux adaptés à certaines cultures. Le Brésil et de nombreux pays africains, gros consommateurs d’engrais phosphatés, figurent parmi les principaux moteurs de cette demande croissante.
Les cultures comme le soja et les légumineuses, fortement consommatrices de phosphore mais moins dépendantes de l’azote, renforcent également l’attractivité de cette solution.
Malgré les tensions sur l’approvisionnement de certains intrants, OCP assure que la demande mondiale reste soutenue. Le groupe souligne que la reprise de la production s’inscrit avant tout dans le cycle saisonnier normal du secteur agricole, marqué par l’entrée dans les périodes de semis et de croissance sur plusieurs marchés stratégiques.
L’Europe contribue également à cette dynamique. Sous l’effet des politiques environnementales et des restrictions croissantes concernant les apports d’azote, plusieurs marchés européens se tournent davantage vers les engrais phosphatés de type TSP.
Cette séquence illustre également le changement d’échelle spectaculaire réalisé par le groupe marocain au cours des dernières années. La capacité de production d’engrais d’OCP a atteint 16 millions de tonnes en 2025, contre seulement 3 millions de tonnes en 2008.
En choisissant d’augmenter fortement la part du TSP dans son portefeuille, OCP ne se contente pas de gérer une crise conjoncturelle sur les matières premières. Le groupe envoie un signal fort aux marchés : celui d’un acteur capable d’adapter rapidement son outil industriel aux nouvelles réalités géopolitiques, énergétiques et agricoles mondiales.