À défaut de convaincre, Abdelilah Benkirane a choisi d’insulter. À défaut de présenter un projet, il préfère désigner des ennemis. Depuis plusieurs mois, le secrétaire général du PJD transforme chacun de ses meetings en tribunal populaire où l’invective tient lieu de programme et la diffamation de stratégie électorale.
Le 5 juillet, à Essaouira, il a franchi une nouvelle ligne rouge. S’en prenant aux conseillers de Sa Majesté le Roi, Fouad Ali El Himma et André Azoulay, il les a qualifiés de « qandouh », un terme profondément méprisant. Une sortie d’une rare violence qui a provoqué stupeur et indignation dans les milieux politiques.
Cette attaque est d’autant plus incompréhensible que les conseillers royaux ne sont pas des acteurs de la compétition électorale. Leur mission est exclusivement institutionnelle. Ils servent le Souverain, non les partis. Les entraîner dans une campagne électorale relève soit d’une confusion inquiétante, soit d’une tentative désespérée de créer une polémique pour exister médiatiquement.
Le choix d’Essaouira n’a rien d’anodin. Ville emblématique de la coexistence et de l’ouverture, elle doit une part importante de son rayonnement à André Azoulay. S’en prendre à lui sur cette terre qui lui est si intimement liée ne pouvait qu’être perçu comme une provocation de trop.
Des proches des deux conseillers, interrogés par Maghreb-Intelligence, indiquent qu’ils ne répondront pas à Benkirane. Pourquoi le feraient-ils ? Les outrances se suffisent souvent à elles-mêmes. Elles finissent toujours par disqualifier leur auteur.
Reste une question qui dérange. En ciblant André Azoulay avec une telle virulence, Benkirane a-t-il laissé transparaître des relents d’antisémitisme ? Chacun appréciera. Mais les sous-entendus, le contexte et le choix des mots interrogent. Et ils interrogent sérieusement.
Le plus frappant est ailleurs. Benkirane ne fracture plus seulement la scène politique. Il divise désormais son propre camp. Au sein du PJD, les critiques deviennent de moins en moins discrètes. Plusieurs cadres prennent leurs distances, tandis que d’autres rappellent, en privé, que le parti ne peut continuer à être prisonnier des colères et des obsessions d’un seul homme. Beaucoup ont déjà quitté le navire. Ceux qui restent peinent à masquer leur embarras.
Le chef du PJD semble n’avoir tiré aucune leçon de la débâcle historique de 2021. Les Marocains avaient alors sanctionné dix années d’improvisation, de promesses non tenues et d’amateurisme politique. Cette gifle électorale n’avait rien à voir avec les conseillers du Roi. Elle était la conséquence directe de l’échec d’une gouvernance.
En persistant dans la surenchère verbale, Abdelilah Benkirane ne prépare pas son retour. Il organise son isolement. À force de crier plus fort que tout le monde, il ne convainc plus personne. Il ne fédère plus. Il éloigne les siens, lasse les électeurs et réduit le débat politique à une succession d’invectives.
La politique marocaine mérite mieux que cette agitation permanente. Et les Marocains aussi.