À quelques jours de la Fête du Trône, le scénario est devenu presque mécanique. Depuis près de deux décennies, une partie de la presse française semble avoir pris l’habitude de publier, à cette période précise, des portraits, enquêtes ou analyses particulièrement sévères à l’égard du Maroc, de sa monarchie et de ses institutions. Les angles changent peu, les références reviennent, les mêmes experts sont sollicités et les mêmes clichés ressurgissent.
Les Échos ouvre le bal des attaques contre le Maroc
Cette année, le coup d’envoi est donné par Les Échos avec un portrait de Mohammed VI intitulé « Mohammed VI : le roi dilettante ». Un titre volontairement provocateur qui contraste avec le contenu même de l’article. Car derrière cette accroche, le quotidien économique reconnaît lui-même que le souverain a assuré la stabilité du Royaume durant vingt-cinq années marquées par les bouleversements du Printemps arabe, la crise migratoire, la pandémie de Covid-19, les tensions régionales, le séisme d’Al Haouz et une profonde recomposition géopolitique.
Difficile de concilier l’image d’un « roi dilettante » avec celle d’un chef d’État présenté, quelques paragraphes plus loin, comme l’artisan de la stabilité d’un pays qui échappe aux convulsions ayant secoué une grande partie de son environnement régional.
Le paradoxe ne s’arrête pas là. L’article reprend des qualificatifs déjà largement utilisés dans une partie de la littérature médiatique française : « roi malgré lui », « roi par défaut », « roi par intermittence ». Autant de formules qui relèvent davantage du registre littéraire que de l’analyse politique. Elles s’appuient essentiellement sur un ouvrage de deux journalistes du Monde, devenu une référence récurrente pour une certaine presse lorsqu’il s’agit de commenter la monarchie marocaine.
Vingt ans de copier-coller médiatique contre le Maroc
Le procédé est désormais bien connu. À l’approche du 30 juillet, les réalisations économiques, les grands chantiers d’infrastructures, les succès diplomatiques ou les réformes engagées passent au second plan au profit d’un exercice centré sur la psychologie du souverain, son style personnel ou son rapport au pouvoir. Comme si la trajectoire d’un pays de 38 millions d’habitants pouvait se résumer au tempérament supposé de son chef d’État.
Cette lecture apparaît d’autant plus réductrice qu’elle intervient au moment où le Maroc multiplie les avancées stratégiques. Le Royaume s’est imposé comme un partenaire incontournable de l’Europe en matière énergétique, sécuritaire et migratoire. Il enregistre une dynamique diplomatique favorable sur la question du Sahara, attire des investissements industriels records et prépare simultanément la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal.
Ces évolutions majeures sont souvent reléguées au second plan au profit de récits davantage construits autour de symboles, d’impressions ou de supposées rivalités de palais.
Critiquer ou fantasmer
La critique des institutions est naturelle dans toute démocratie. Encore faut-il qu’elle repose sur une démonstration cohérente. Qualifier un souverain de « dilettante » tout en reconnaissant qu’il a maintenu la stabilité du pays dans l’une des régions les plus instables du monde relève d’un paradoxe que le lecteur ne peut manquer de relever.
Au fil des années, cette répétition interroge. Pourquoi cette concentration d’articles critiques précisément à l’approche de la Fête du Trône ? Pourquoi cette focalisation récurrente sur la personne du souverain davantage que sur les politiques publiques ou les transformations du pays ? La coïncidence finit par ressembler à un rendez-vous éditorial.
Les relations franco-marocaines traversent régulièrement des périodes de tension avant de retrouver leur dynamique stratégique. En revanche, certains réflexes médiatiques, eux, semblent immuables. Chaque mois de juillet voit ressurgir les mêmes grilles de lecture, les mêmes références et les mêmes procès d’intention.
Pendant ce temps, le Maroc poursuit son agenda. Et c’est peut-être là le véritable contraste : d’un côté, des récits qui peinent à se renouveler et de l’autre, un Royaume qui continue d’avancer dans un environnement régional et international de plus en plus complexe.