En fermant sa frontière au bétail espagnol pour raisons sanitaires, Rabat a porté un coup d’arrêt brutal à l’un des principaux débouchés de l’élevage bovin ibérique. Pendant que Madrid s’agite en coulisses pour renouer le dialogue, le Maroc, lui, poursuit sereinement la diversification de ses propres marchés d’exportation.
Le chiffre est sans appel. En 2024, 61 715 bovins espagnols de plus de 300 kilos avaient franchi le détroit pour rejoindre le Maroc, alors premier importateur de bétail vivant espagnol. En 2025, ils étaient encore 51 986. En 2026 : zéro. Pas une tête. Le marché marocain, qui absorbait à lui seul jusqu’à 64 % des exportations espagnoles de bovins vivants, s’est purement et simplement évaporé.
Officiellement, la cause est sanitaire. Après l’apparition de foyers de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) en Catalogne et en Aragon fin 2025, le Maroc a choisi de fermer intégralement sa frontière au bétail espagnol, sans distinction régionale. Une fermeture à la fois logique sur le plan sanitaire et redoutablement efficace sur le plan commercial pour un secteur, l’élevage espagnol, qui pèse 6,5 millions de têtes, 110 000 exploitations et près de 15 % de la valeur de la production animale du pays.
Du côté espagnol, l’Union des petits agriculteurs et éleveurs (UPA) tente de limiter la casse en réclamant l’application du principe de régionalisation, qui permettrait aux zones indemnes de continuer à exporter. Mais pour l’heure, Rabat ne cède rien. Ni sur le bétail vivant, ni sur la viande fraîche, totalement suspendue, ni sur la viande congelée, dont les achats se sont effondrés.
Face à l’ampleur des pertes, les régions espagnoles s’impatientent. La Galice, où l’élevage bovin reste un pilier économique, a sommé le ministère de l’Agriculture d’engager des négociations directes avec le Maroc.
Le symbole est éloquent. C’est désormais l’Espagne qui sollicite le Maroc, et non l’inverse. Le rapport de force commercial s’est inversé, et Rabat n’a manifestement aucune urgence à le rééquilibrer.